Un mot sur « Patrick McGoohan », la biographie de Michel Senna

Jean-Michel Philibert, le fondateur du club Le rÔdeur qui anime notamment la page Facebook Le Prisonnier une mythologie moderne a lu cette biographie pour vous. Voici son regard.

Première biographie française consacrée à Patrick McGoohan, cet ouvrage est une heureuse surprise pour les fans de l’acteur et de son œuvre. Spécialiste du cinéma anglo-saxon, Michel Senna a déjà publié les biographies de Gregory Peck et Michael Caine, ainsi qu’un ouvrage sur les dernières tournées des Beatles, en 1966.

On se plonge avec délice dans cette biographie, et on ne la lâche plus, tout spécialiste de McGoohan que l’on soit. D’abord parce que l’on apprend une foule de choses, tant sur la carrière que sur l’homme, qui se révèle finalement plus humain et sensible que l’image qu’il a laissée derrière lui. Ensuite parce que l’iconographie, très détaillée, comporte des photos rares.

Michel Senna explore méthodiquement la longue carrière de Patrick McGoohan, tant sur les planches du théâtre que sur les plateaux de cinéma, dans les séries télévisées et les téléfilms. Au final, une carrière multiple, parfois humble, parfois flamboyante, mais menée par un homme soucieux de faire vivre les siens dans un métier souvent difficile, et inflexible quant à ses principes, ce qui a probablement empêché l’acteur d’accéder à un statut de star. L’on sait que l’homme a refusé (deux fois !) d’incarner James Bond, mais l’on apprend avec effarement qu’il a également refusé celui de Gandalf dans Le Seigneur des anneaux

Celui qui paraissait parfois arrogant ou indifférent, dont les colères et les sautes d’humeur étaient redoutées, possédait en réalité une solide dose d’humour et une modestie à toute épreuve. Ne disait-il pas de sa filmographie, en 1995, « On peut sauter à peu près tout. Il n’y a pas grand-chose dans tout ça qui soit vraiment intéressant. »

Ce à quoi rétorquait David Cronenberg, à la sortie du film Scanners, « Il est vraiment très brillant. »

Si l’on peut penser que McGoohan a commis quelques erreurs dans ses choix, force est de conclure que Le Prisonnier a été pour lui à la fois son grand œuvre et son calvaire, ne lui laissant que peu d’opportunités de se voir proposer de grands rôles à la mesure de son talent. Michel Senna arrive toutefois à faire apprécier les rôles inattendus de l’ex-Numéro 6, comme celui du film Un génie, deux associés et une cloche (Terence Hill -1975), que l’intéressé trouva « très amusant ». McGoohan n’a pas hésité à jouer à contre-emploi, se délectant entre autres de rôles de « bad guys », où son humour à froid et son flegme imperturbable faisaient merveille. Les beuveries avec Robert Charlebois ont d’ailleurs pu contribuer à ce tournage un peu délirant… Et la consommation excessive de gin a pu aussi donner l’idée de l’indice final d’Entre le crépuscule et l’aube qui permettra à Columbo de démasquer le Colonel Rumford !

Mais l’acteur était un grand professionnel, refusant par exemple de se laisser doubler dans les scènes physiques, comme dans Destination : Zebra, station polaire (John Sturges – 1968), où il faillit se noyer, ou dans les duels à l’épée de L’homme au masque de fer (Mike Newell – 1977).

Michel Senna, enfin, nous révèle l’homme McGoohan, sensible, pudique, féru de poésie, et fidèle à ses valeurs familiales et morales : c’est l’un des rares acteurs à avoir préservé sa vie de famille, marié à la même épouse durant toute sa vie. Il s’était d’ailleurs symboliquement remarié avec Joan en 1977, n’ayant pas eu le temps d’organiser une vraie cérémonie en 1951. Un véritable romantique…

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