Travailler à Hollywood North

Ellie Presner a été rédactrice, éditrice et relectrice pour un grand nombre de publications. Après avoir passé une vie à relire les autres, elle s’est décidée à publier son premier ouvrage : « Surviving Hollywood North : Crew Confessions from an Insider » qui relate une multitude d’anecdotes sur sa vie de « script coordinator » dans les années 90 au sein de l’industrie cinématographique canadienne, « Hollywood North » désignant les studios situés à Toronto ou Vancouver. Elle a ainsi croisé des stars telles que Margot Kidder, David Bowie ou Tony Scott. Mais son expérience la plus marquante fut sa rencontre avec Patrick McGoohan, décrite très précisément sur une trentaine de pages parmi les quelques 200 que compte son livre.

Le titre m’a rebuté de prime abord : je m’attendais à des ragots sordides sur certaines stars et sur McGoohan. En fait … pas du tout ! Ellie raconte avec beaucoup d’humour et de distance son expérience du métier. Elle y est entrée par la petite porte : par nécessité, elle a proposé ses services de dactylo, puis a progressivement évolué avec le métier qui est devenu de plus en plus technique. Être « script coordinator », c’est bien plus que de la frappe au kilomètre. C’est aussi faire avec les humeurs des assistants de production – voir des réalisateurs – être toujours disponible, connaître les intrigues sur le bout des doigts – pour éviter les erreurs de continuité par exemple – et ne pas empiéter sur le territoire des scénaristes -qui acceptent très mal des suggestions de réécriture).

C’est par hasard qu’elle est contactée en mai 1996 par Jacqueline Marleau, une assistante de production pour aider un acteur à mettre en forme un scénario alors qu’il se trouve sur le tournage d’un obscur film d’horreur à Montréal. Patrick McGoohan n’y connaissait rien à l’informatique – Ellie remarquera un ordinateur gros comme un bloc de climatisation – et avait besoin d’une spécialiste pour l’aider à boucler ce qui devait être le futur scénario de … la suite du Prisonnier ! Très vite, les deux parties se mettent d’accord sur le prix pour le travail. L’homme est précis et énergique… mais il tape sur deux doigts et se trouve donc bien embêté. D’autant que seulement 40 pages ont été écrites et qu’un scénario standard en compte environ 100 à 120.

McGoohan aimait tout savoir (« Pourquoi tel soulignement ? ») et ne supportait pas les explications vagues. Mais une fois qu’on avait gagné sa confiance, il devenait le plus charmant des hommes « Ne devenez jamais célèbre, on ne vous laissera plus en paix ! » confia-t-il à Ellie Presner. Il lui raconte aussi qu’il s’est laissé pousser la barbe à l’époque car il ne supportait pas son menton. Le travail de dactylographie durera deux semaines. Patrick l’invitera par la suite à finaliser le script dans sa maison de vacances à Carmel, en Californie. Il aurait très bien pu faire appel à quelqu’un sur place mais, une fois qu’il a donné sa confiance à quelqu’un de compétent, il aime la continuité. Ellie raconte les bons moments passés en sa compagnie, avec sa charmante femme Joan et sa fille cadette, Frances et sa petite fille dont de nombreux dessins ornent leur frigo.

La majorité des scénarii, malheureusement, ne sont jamais mis en production et ce fut le cas de celui de McGoohan. Les ingrédients semblaient prometteurs selon Ellie (une ambiance intrigante, mais pour le reste… motus). Le livre présente une douzaine de photos en noir et blanc de McGoohan et de madame. Le livre est assez facile à lire – le style est volontairement simple et familier – et le lecteur apprend une foule de choses sur les aspects techniques et les conventions du métier de « script coordinator »

Disponible en version Kindle ($3.68) et papier ($12.99)

210 pages. Publié par Jerell Publishing; 1ère édition (Juin 2017). ISBN-10: 0969595735

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On peut aussi lire l’interview avec Ellie sur le blog ICI:

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