The Prisoner – Original Art Edition, par Jack Kirby et Gil Kane (Titan)

Flashback : Jack Kirby (1917-1994) était l’un des dessinateurs américains les plus respectés et prolifiques, au même rang qu’un Stan Lee (avec lequel il a collaboré notamment pour Les Quatre Fantastiques). On lui doit ainsi Captain America et Hulk. Il fut un des piliers de l’écurie Marvel et est l’auteur d’une adaptation assez fantastique de 2001, Odyssée de l’espace.

En 1976, le rédacteur en chef de Marvel, Marv Wolfman, achète les droits du Prisonnier pour faire une adaptation des épisodes en BD. C’est Gene Nolan qui devait dessiner le héros prisonnier. Or, ce dernier resta insensible à l’intrigue (« C’est juste l’histoire d’un type sur une île » aurait-il déclaré selon le scénariste Steve Engelhart dans la postface de l’ouvrage) et déclina la proposition. Wolfman fit ensuite appel à Jack Kirby, mais se montre déçu du résultat et se tourne vers Steve Englehart pour scénariser la suite de l’histoire.

Kirby avait produit les 17 pages de l’Arrivée, dont les 6 premières ont été encrées et lettrées par Mike Royer. 18 pages additionnelles ont été ensuite dessinées par Gil Kane, sur un scénario de Steve Englehart. Ces planches n’avaient jamais été publiées même si le club anglais Six of One en avait montré quelques-unes dans son fanzine dans les années 90. Les 17 pages réalisées par Kirby peuvent se trouver en fouillant un peu sur le net (par exemple ICI. L’encrage du travail de Kane fut confié à Steve Leialoha et le lettrage à Rick Parker.

Titan a décidé de rendre accessible au plus grand nombre ces fameuses planches. Le résultat est assez fantastique. Le grand format choisi (33,7 x 43,8cm) met en valeur le travail et les crayonnés de Kirby et de Kane. On découvre un trait sec et nerveux du premier – un peu rigide avouons-le – le lettrage de Mike Royer (qui signe la préface) vient agréablement enrichir les dessins. On retrouve les éléments caractéristiques de la série : le village et sa végétation luxuriante, la salle de contrôle, le majordome, le numéro 2 (un clone de Derren Nesbitt, de L’enterrement). L’histoire est grosso-modo une adaptation de l’Arrivée (L’agent secret est gazé, arrive au village, se fait conduire par une jeune femme dans une mini-Moke…). Un cartouche indique à la fin des planches de Kirby que les prochains numéros apporteront des « révélations » et de nouveaux « gimmicks ». « Kill me if you can » devait être le titre du prochain lot de planches. Le lecteur a droit à une superbe double planche en couleur sur laquelle le Prisonnier est au centre du Village.

Le trait de Kane apparaît plus fluide et plus simpliste. Ses planches sont présentées vierges, puis avec le lettrage de Rick Parker. C’est fascinant de voir le cheminement créatif et de découvrir l’histoire se dérouler petit à petit, surtout lorsqu’on visualise le texte du scénario d’origine en regard des 18 pages crayonnées et lettrées. Le style de Kane rappelle celui des couvertures du magazine anglais pour enfants TV Tornado (dont le No. 48 daté du 9.12.1967 est visible ICI). L’histoire scénarisée par Englehart s’intitule tout simplement « Arrival ». Un cartouche à la fin des pages de Arrival annonce « The Chimes of Big Ben ». Englehart explique qu’une adaptation n’est pas la simple décalque d’un épisode. « On doit imaginer par exemple le dialogue intérieur » explique-t-il dans la postface. Il fut cependant remercié avant le terme de sa « mission » et ne sut jamais les raisons de l’abandon du projet. Pour la petite histoire, se rendant au ComiCon de San Francisco, il apporta avec lui une planche lettrée par Tom Orzechowski mais il n’y eut pas de suite.

Un point notable sur le scénario – l’éditeur est Américain – il est fait mention du fait que les Russes incarcèrent leurs citoyens récalcitrants dans des asiles mais que la conductrice de Moke semblait britannique. Plus loin, la salle de contrôle est comparée à une salle de commandement de l’armée de l’air américaine. Pour le reste, beaucoup de texte est la quasi-copie de ce que l’on entend dans l’Arrivée

Dans la préface de l’ouvrage, l’encreur Mike Royer raconte qu’il a croisé McGoohan en 1984 dans les studios Disney pour le tournage de « Baby ». D’après lui, l’acteur évitait de croiser le regard des gens et évitait tout contact. Royer décida donc de lui offrir un dessin que McGoohan encadra alors que d’habitude, il se souciait assez peu des offrandes de fans.

Un bonus : la reproduction des 25 pages (à raison de 2 par planche) du dossier de presse original de ITC qui présente le concept de la série, le village, propose un profil de McGoohan ainsi que l’équipe de production (Angelo Muscat, George Markstein). Ce dossier avait servi de guide aux dessinateurs et scénaristes pour réaliser leur bande dessinée.

Un texte de présentation général de la série rédigé par Rick Davy, le créateur du site The Unmutuals complète le livre, ainsi que deux biographies de Jack Kirby et Gil Kane.

Que retenir de ce livre d’art ? Beaucoup de remplissage pour finalement seulement 17 et 18 planches non complétées. Quel dommage que Titan n’ait pas embauché un illustrateur et un scénariste pour finir le job ! D’un autre côté, l’intérêt d’une retranscription pure des épisodes reste limité. DC Comics avait eu le mérite de proposer aux fans une « autre » vision de la série dans les années 90 ce qui n’était déjà pas si mal. Les 4 fascicules sortis récemment chez Titan pour marquer les 50 ans de la série – et dont nous publions une critique au fur et à mesure des sorties –  offrent une version qui donne plus dans l’action et le thriller psychédélique avec d’affreuses couleurs et un style plutôt approximatif. L’intérêt de la version luxueuse est un peu l’Alph’Art du Prisonnier (la dernière oeuvre non terminée du Tintin d’Hergé) en quelques sorte. La qualité du papier et des reproductions est certes stupéfiante.  Pas moins de 13 personnes ont oeuvré sur cette édition (un production controller, une production supervisor, un publishing manager, un publishing director, un brand manager …) pour une histoire de 17 pages… Voilà qui laisse songeur. Un ouvrage coûteux pour fan averti, accessoirement amateur de BD.

64 pages. Publié chez Titan Books (07.2018). Grand format

On peut commander l’ouvrage chez Forbidden Planet (une remise était proposée lors de l’écriture du présent billet : £56.99 au lieu de £71.99) ou bien sur les plates-formes habituelles de vente en ligne (compter dans les 85 euros)

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