Quand j’ai travaillé avec Patrick McGoohan (Ellie Presner)

ELLIE PRESNER A ÉCRIT UN LIVRE INTITULÉ “SURVIVING HOLLYWOORD NORTH” DANS LEQUEL ELLE RACONTE SA CARRIÈRE DE “SCRIPT COORDINATOR”, UN MÉTIER COMPLEXE ET INDISPENSABLE DANS L’INDUSTRIE DU CINÉMA ET DES SÉRIES. ELLE RACONTE NOTAMMENT COMMENT ELLE CÔTOYÉ PATRICK MCGOOHAN.

Ellie en dédicace à la librairie Bonder de Montréal

QUAND J’AI VU POUR LA PREMIÈRE FOIS LE TITRE DE VOTRE LIVRE, J’AI PENSÉ QU’IL S’AGISSAIT D’UNE COMPILATION DE RAGOTS. QU’EST-CE QUE C’EST QUE HOLLYWOOD NORTH ?
“Hollywood North” est un terme du métier qui désigne l’industrie cinématographique canadienne. Comme je vis à Montréal et qu’il y a beaucoup d’équipes de tournage, le terme a été adopté par les gens d’ici. Cependant, ceux qui ont trimé dans le milieu à Vancouver ou Toronto – les autres hauts lieux du cinéma canadiens – se sont aussi approprié l’expression de “Hollywood North”. Ce n’est pas un terme “officiel”, simplement une appellation qui démontre un tel niveau d’implication et de professionnalisme qu’on peut nous comparer à Hollywood. Et le livre ne contient pas de ragots. Bon, presque pas, juste un tout petit peu. 😉

CASSONS LES CLICHÉS : UN(E) “SCRIPT COORDINATOR” N’EST PAS QU’UN(E) SECRÉTAIRE. QU’EST-CE QUE CE MÉTIER IMPLIQUE ? COMMENT AVEZ-VOUS DÉBUTÉ DANS LE MÉTIER ET COMMENT A-T-IL ÉVOLUÉ?
C’est un job TRÈS exigeant qui m’a parfois fait défaillir ! Je devais intégrer des modifications, sauvegarder chaque nouvelle version de script sur un ordinateur, m’assurer que les pages modifiées étaient diffusées à l’équipe technique et aux acteurs, me rendre aux séances de suivi avec les scénaristes, et bien d’autres choses encore. Des tâches s’empilent au fur et à mesure des besoins de la production. En lisant le livre, vous découvrirez la palette d’activités très variées du job. C’est un peu comme regarder par-dessus mon épaule !

VOUS AVEZ COTOYÉ TONY SCOTT, MARGOT KIDDER, JOHN RITTER OU DAVID BOWIE ENTRES AUTRES. COMMENT SE COMPORTE T-ON FACE À DES “STARS” ?
On reste soi-même. Même quand le coeur bat la chamade tandis qu’on s’adresse à elles. On se dit que tout cela est très normal en faisant mine de bailler (rires). Plus sérieusement, on est très respectueux, on ne se répand pas en propos admiratifs, on ne les importune pas par d’innombrables questions et on ne monopolise pas leur temps précieux. Elles sont occupées par le film ou la série et sans doute fatiguées (elles ne comptent pas leurs heures).

QUEL EST VOTRE MEILLEUR ET PIRE SOUVENIR EN TANT QUE “SCRIPT COORDINATOR” ?
C’est sans doute minuscule mais le jour où Michael Gross (le père dans “Family Ties”) s’est servi d’une réplique que j’avais suggéré dans un épisode de “The Hunger”, j’étais aux anges. C’était énorme pour moi, car les mots sont mon métier. Bien sûr, mon MEILLEUR souvenir reste le fait d’avoir travaillé dans les années quatre-vingt-dix avec Patrick McGoohan, mais je n’étais pas dans mon rôle habituel de “script coordinator”. Le pire souvenir : mon passage sur Squanto. Ce n’était pas une partie de plaisir, croyez-moi. Je raconte tout dans le livre.

PATRICK MCGOOHAN VOUS A CONTACTÉ ALORS QU’IL TOURNAIT DANS LE FILM D’HORREUR “HYSTERIA” QUI N’A JAMAIS ÉTÉ MONTRÉ EN FRANCE. VOUS A-T-IL PARLÉ DE L’INTRIGUE ?
Patrick et moi-même n’avons jamais évoqué “Hysteria”. Nous étions entièrement concentrés sur son propre script.

DANS QUELLES CIRCONSTANCES A-T-IL FAIT APPEL À VOUS ?
Ce n’est pas Patrick en personne qui a fait appel à moi, mais la coordinatrice de la production sur “Hysteria”. Je crois qu’il lui avait demandé si elle connaissait quelqu’un susceptible de l’aider à travailler sur son script car il n’avait pas d’ordinateur avec lui. Dans le livre, je raconte comment nous avons établis le premier contact par téléphone. Avant de me rencontrer, je pense qu’il s’attendait à n’avoir besoin que d’une simple secrétaire. Mais le job implique beaucoup plus que cela.

VOUS AVEZ TAPÉ LE NOUVEAU SCRIPT DU PRISONNIER. QU’EST-CE QUE CELA IMPLIQUAIT ? POUVEZ-VOUS LEVER LE VOILE SUR L’INTRIGUE ?
C’était très agréable et “fun”. J’ai commencé par taper le texte sur mon ordinateur portable. Puis il m’a dicté des scènes, des actions, des dialogues etc. C’était un processus très organique que je décris dans le livre. Quand vous écrivez une histoire, qu’il s’agisse d’un roman, d’une nouvelle, d’un film voire d’une biographie – surtout une biographie – vous êtes en phase d’immersion. C’est ce que je veux dire par “organique”. Vous jouez une scène, à votre façon, les yeux fermés, et vous avancez dans l’histoire. C’est épuisant, je dois le dire. Mais travailler avec Patrick n’était pas fatigant, je me contentais de l’assister. Je suis sûre qu’il était crevé mais il n’en n’a rien fait paraître. Je crains de ne rien pouvoir vous dire sur l’intrigue. Si ce n’est que c’était très cérébral, lent et cryptique comme la série originale.

AVEZ-VOUS DES SOUVENIRS DE LA PREMIÈRE FOIS OÙ VOUS AVEZ DÉCOUVERT LE PRISONNIER ?
Je me souviens avoir vu un ou deux épisodes lors de la première diffusion. Mais j’étais très jeune et facilement distraite. Je n’arrivais pas bien à suivre ce qui se passait.

McGoohan durant une séance de travail

A VOUS LIRE, PATRICK SEMBLAIT ÊTRE TRÈS TERRE-À-TERRE, UNE PERSONNE NORMALE QUOI ?
Il était très franc, direct. Il était bourré d’humour et j’ai pu rebondir là-dessus, ce qui lui plaisait énormément !

IL SE SERVAIT D’UN TRÈS VIEIL ORDINATEUR CHEZ LUI. SAVAIT-IL S’EN SERVIR ?
Oui, je ne l’ai pas vu mais je pense qu’il tapait avec deux doigts, sans en être totalement certaine.

VOUS AVEZ SÉJOURNÉ CHEZ LUI À CARMEL AVANT DE TRAVAILLER AU CANADA. COMMENT LE SÉJOUR S’EST-IL PASSÉ ?
Il m’a invité à Carmel après que nous ayons travaillé à Montréal en fait. Je n’ai pas séjourné chez lui mais dans un môtel sympa qu’il m’avait retenu à deux minutes de chez lui. Il m’aurait bien invitée dans leur petit bungalow pour amis, mais leur fille Frances leur avait rendu visite avec ses deux jeunes enfants et il n’y avait plus de place. Patrick et Joan m’ont cependant invitée pour un repas chez eux, c’était agréable de rencontrer la famille. Il y a quelques photos en couleur dans l’e-book et en noir et blanc dans la version papier.

PAT SEMBLAIT ADORER SA FEMME ET SA PETITE- FILLE. QUEL GENRE D’HOMME ÉTAIT-IL ?
Le mariage de Patrick et de Joan est une histoire d’amour qui a duré plus de 50 ans. Il adorait aussi ses filles et ses petits-enfants. Leur frigo était d’ailleurs recouvert de dessins !

POUR FINIR, QUI EST LE NUMÉRO UN ?
Je pourrais vous le dire, mais il me faudrait vous éliminer 🙂

Surviving Hollywood North – Crew confessions from an Insider
(Jerell Publishing ISBN 9780969595731). http://amzn.to/2iOLNpd
Photo de Patrick McGoohan (c) Ellie Presner. Juin 1996.

(c) Propos recueillis par Patrick Ducher

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