Les 50 ans du Prisonnier à Portmeirion

Le visuel du 50ème anniversaire (Network)

Le 29 septembre 1967, le premier épisode du Prisonnier était diffusé en Angleterre. À l’initiative de Network, la société distributrice des séries ITC (produites par la chaîne ITV), le cinquantième anniversaire de cette première diffusion a été fêté en grandes pompes sur les lieux mêmes du tournage – le fameux Village de Portmeirion au Nord du Pays de Galles- le 29 septembre 2017.

L’entrée à l’événement était réservé aux heureux détenteurs d’un ticket pré-vendu à 135£. Bagatelle pour assister à un tel événement. Ils ont reçu un tote bag personnalisé contenant un package « collector » : coffret spécial 50ème anniversaire, un ivre, des badges commémoratifs, des CD, un magazine souvenir… Et ils ont été accueillis par la « vraie » voix du Village, celle de l’actrice Fenella Fielding (« Le parfum du jour est fraise »), toujours fringante à 90 ans !

Au programme des réjouissances pour commencer: la projection en pellicule 35 mm de ”Dance of the Dead » (Danse de mort) dans Hercules Hall, la mairie dans la série. Puis, une session de questions-réponses avec l’actrice Norma West – une des contrôleuses dans l’épisode – qui arborait son badge original (il tenait avec des épingles et des bouts de scotch !) et Seamus Byrne, alors assistant-réalisateur, que l’on voit se faire « étouffer » par le rôdeur, une image qui a marqué de nombreux jeunes et téléspectateurs à l’époque.
Second événement : une performance théâtrale sous le dôme vert de Mark Elstob (Numéro 6) et de Nickolas Grace (Numéro 2) intitulée « Time is Free », sur un texte de Nicholas Briggs, qui a supervisé la production et l’adaptation d’épisodes en disques audio en 2016 pour le compte de Big Finish. Une critique est à paraître sur ce blog.

Les trois autres invites vedettes étaient : Annette Andre – dont c’était la première visite à Portmeirion – et Derren Nesbitt, le Numéro 2 qui a raconté n’avoir rien compris au scénario à l’époque. Il ajoute qu’il ne s’est pas très bien entendu avec McGoohan non plus. Mais il y a prescription. Ils furent rejoints par Jane Merrow, Alison dans « Schizoid Man » (Double personnalité), qui a aussi tourné avec McGoohan dans Destination Danger.

Une commémoration émouvante : le buste de McGoohan par le sculpteur français Tiziano
Le clou de la première partie de la journée eut lieu en extérieur, avec la présentation d’un buste de McGoohan conçu par le sculpteur français Tiziano – une interview de lui sera publiée bientôt sur le blog – en présence de la fille aînée de Patrick, Catherine, de son mari, Clive Landsberg, et de Robin Llywellyn, le directeur du village-hôtel qui fit un discours en anglais, français et gallois.

Voici ses propos très émouvants : « Je vais essayer de ne pas pleurer. J’avais des doutes sur le fait de faire une célébration. Je voulais quelque chose d’informel et de simple. C’est tout simplement parfait. Le temps est parfait, le soleil s’apprête à sortir. Merci à tous d’être là. Merci pour votre amour et votre loyauté, en toute sincérité et au nom de la famille. Merci à Robin (Llewellyn, directeur de Portmeirion),d’avoir fait du Village un lieu paisible et de permettre à tous ces gens d’y venir et d’y revenir. Merci de maintenir un lien avec Le Prisonnier. Merci d’avoir travaillé avec Tiziano et à Jenny Klabin car sans elle tout ceci n’aurait pas été possible. Je tenais à vous remercier.

Tiziano, j’ai vu le buste. Vous avez saisi l’esprit de l’homme, vous avez saisi ses pensées, sa conscience. Je voulais m’assurer que vous compreniez bien cela. Et, surtout, vous avez su capter mon père. J’ai envoyé la photo à ma mère. Hier soir, elle m’a renvoyé un e-mail. Je vous l’ai déjà dit mais je vais partager ceci avec tout le monde : elle l’adore. Elle a donné son aval et, croyez-moi, c’est énorme. Merci pour le travail – je sais que le chemin a été long – pour votre passion pour la série, et pour mon père. Le timing est parfait, merci pour ce merveilleux cadeau. Merci à tous d’être là pour le cinquantième anniversaire. C’est incroyable »

Catherine McGoohan était âgée de 14 ans à l’époque. Pour elle, rien n’a quasiment changé après toutes ces années : « Je ferme les yeux et je me revois il y a 50 ans » a-t-elle dit à BBC North Wales, en ajoutant « On se demande à quoi aurait ressemblé Le Prisonnier s’il n’y avait pas eu Portmeirion ».

Tiziano, j’ai vu le buste. You avez saisi l’esprit de l’homme, vous avez saisi ses pensées, sa conscience. Je voulais m’assurer que vous compreniez bien cela. Et, surtout, vous avez su capter mon père. J’ai envoyé la photo à ma mère. Hier soir, elle m’a renvoyé un e-mail. Je vous l’ai déjà dit mais je vais partager ceci avec tout le monde : elle l’adore. Elle a donné son aval et, croyez-moi, c’est énorme. Merci pour le travail – je sais que le chemin a été long – pour votre passion pour la série, et pour mon père. Catherine McGoohan

Par la suite, Dave Barrie, raconta comment il a contacté en 1976 la chaîne ATV Midlands pour diffuser son adresse afin de contacter d’autres admirateurs de la série – son interview sera publiée ultérieurement sur ce blog – à la suite de « Fallout » (Le dénouement). Les organisateurs avaient même localisé le speaker qui a lu son adresse à Cheltenham, un dénommé Peter Tomlinson. Barrie raconte que des gens ont débarqué chez lui en pleine nuit après avoir fait plusieurs centaines de kilomètres. Avec ses compères Roger Goodman et Judie Adamson, ils fondèrent ensuite le club Six of One, qui existe encore 40 ans plus tard.

Autre épisode à être projeté en 35 mm : “Checkmate” (Echec et mat) et l’apparition surprise et éclair du Numéro 2, Peter Wyngarde, poussé dans un fauteuil roulant, juste le temps de répondre à quelques questions en peignoir. Le pauvre est décédé le 15 janvier dernier. Le clou de la seconde partie de la journée fut la présentation du documentaire de Chris Rodley « In My Mind ». Il s’agit du reportage remonté d’un programme diffusé en 1983 intitulé « Six into One – The Prisoner File » diffusé sur la chaîne Channel 4 et dont McGoohan a tenté d’empêcher sans succès la diffusion à l’époque car il n’aimait pas le montage. Rodley est d’ailleurs allé à … Paris pour montrer une version de travail à McGoohan. « Il l’a détesté et nous a insulté dans divers cafés de la ville”. (Voir la critique du docu sur le blog).

Les participants ont eu ensuite quelques belles surprises : la présentation d’un mini-programme comparant les lieux de tournage à l’époque de « Many happy returns » (Le retour) et de nos jours et enfin la projection de « Arrival », exactement 50 ans jour pour jour après sa première diffusion, avec une introduction de Catherine McGooohan en personne. En partant, les visiteurs ont découvert des images de la série projetées sur les murs des cottages du Village.

Les médias en ont parlé
Sur la radio culturelle américaine NPR, Glen Weldon a comparé la série à « un mix entre James, George Orwell et beaucoup de Franz Kafka« , rappelant que la série n’avait pas été diffusée aux Etats-Unis avant le mois de juin 1968, en face de « Ma sorcière bien-aimée ». “Depuis, les deniers épisodes de séries comme Lost, Dexter, True Blood et Twin Peaks: The Return ont profondément divisée les téléspectateurs. Il y a 50 ans, c’était tout nouveau et Le Prisonnier a été la première série à susciter autant de passion, de fans et de détracteurs ».

Jamie Andrew sur le blog Den of Geek UK est un brin sarcastique : « avec son image surréaliste, ses répliques qui font mouche, ses intrigues alambiquées, et sa fin totalement dingue ont acquis le statut de culte dans notre inconscient culturel. C’est une bizarrerie ancrée typiquement sixties par certains aspects et sans âge par d’autres. On ne peut pas vraiment la définir, cette série : espionnage ou pas ? série d’action mais cérébrale ? James Bon qui donne une conférence sous LSD ? Le Truman Show croisé à La 4ème dimension. C’est déroutant, exaltant, cliché, nonsensique, rationnel, cinglé… (…). Recommander le visionnage du Prisonnier à quelqu’un qui ne l’a pas vu, c’est un peu comme chanter les louanges d’un ami un peu inhabituel qui arrive en retard pour la soirée que vous avez organisé. Peut-être que la série raconte l’histoire d’un type dont le cauchemar consiste à se retrouver au Pays de Galles ».

Stephen Dalton, pour le British Film Institute (l’équivalent de notre cinémathèque) liste plusieurs raisons selon lesquelles « Le Prisonnier nous a préparé au monde moderne en pressentant une surveillance de masse quotidienne ». Il ajoute que de nombreuses séries ou films ont rendu hommage au Prisonnier : Battlestar Galactica, Matrix, Mad Men, Bob l’éponge, Les Simpson. Dans le domaine musical, le nombre de groupes est aussi impressionnant : Iron Maiden, Altered Images, XTC ou encore Supergrass sont fans. Depuis 2012, le Village accueille le “Festival No. 6”. Pour la première édition, le mythique groupe d’électro-pop New Order est venu sur scène en blazers à lisérés. Dalton estime que la série ne pourra jamais passer sur grand écran, que Kevin Costner, Mel Gibson ou encore Christopher Nolan et Ridley Scott ont été pressentis et que rien n’est sorti. Pour lui, « il faut toujours laisser le public sur sa faim, comme une symphonie inachevée ».

Dale Spridgeon, dans North Wales Chronicle, a interrogé Derren Nesbitt : “personne ne savait ce dont il s’agissait à l’époque, pas plus que maintenant. Le lieu de tournage était tenu secret, ce qui ajoutait au mystère. On savait garder des secrets à l’époque. McGoohan et moi ne nous entendions pas très bien. Mais au bout du compte, Le Prisonnier a finalement connu le succès auprès de millions de téléspectateurs du monde entier ».

Et en France…

Le 3 octobre 2017 Sonia Devillers (« L’instant M » sur France inter) avait invité Alain Carrzé et Romain Nigita pour parler de « la série la plus subversive des années 60 ».

Alain Carrazé et Romain Nigita, Sonia Devillers, France Inter, L’instant M

Fiction visionnaire alliant espionnage et science-fiction, « Le Prisonnier » a profondément influencé la production actuelle. Il y a pile 50 ans, Le Prisonnier surgissait sur les écrans anglais. Cette série à l’esthétique pop distillait en réalité un message politique d’une violence inouïe qui a sans doute mis plusieurs années à être décodé. D’ailleurs, l’ORTF ne trouva rien de mieux que de diffuser la série en France en plein mai 68, tant le Ministère de l’information n’avait rien compris à ce virulent plaidoyer contre le contrôle des libertés et le fichage des individus. L’Instant M redonne vie pour vous ce matin au célèbre village, prison à ciel ouvert, dans laquelle une énorme boule blanche vous poursuit et vous asphyxie à la première tentative d’évasion. Une boule blanche, figure d’un pouvoir sans visage. Présentation du Prisonnier dans « L’instant M »

On peut écouter et visionner l’émission à cette adresse.

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