Le Prisonnier en livre audio

Big Finish est spécialisé entre autres dans la production de livres audio adaptés de séries cultes britanniques (Doctor Who, The Avengers, Captain Scarlet etc.). Nicholas Briggs, responsable de collection depuis 15 ans, a adapté trois épisodes : « Arrival » (L’arrivée), « The Schizoid Man » (Double personnalité) et « The Chimes of Big Ben » (Le carillon de Big Ben) pour la transposition en audio. Il en a écrit un original (« Your beautiful Village »). En plus de cela, il a également recruté les acteurs et supervisé la direction artistique. C’est la première adaptation du Prisonnier sous ce format. Le résultat est surprenant.

Les puristes traqueront les différences avec les épisodes originaux. Or, c’est justement celles-ci qui donnent une existence propre à l’ensemble. Passé un moment de surprise – Mark Elstob dans le rôle du Numéro Six est un excellent comédien, mais il n’a pas du tout la même voix ni le même phrasé que Patrick McGoohan – on se replonge dans l’atmosphère du Village et on se laisse piloter par l’imagination.

Des différences subtiles avec l’original

Pour le début de « Departure and Arrival », Jamie Robertson a recréé la musique du générique et divers bruits de fond de façon plutôt ingénieuse (le bruit du rôdeur a été réinventé). L’agent ZM est censé se rendre en Belgique via Calais. Il passe un moment romantique en compagnie d’une femme (on entend très bien les baisers échangés avec Janet !). Il anticipe sans doute sa démission et compte prendre un vol inopiné pour les Bahamas avec sa belle. Pour le reste, la structure narrative reste très similaire à l’original. Briggs a repris certains tics de langage (« Old chap »), en a ajouté d’autres (« Listen, mate… »). Les petites adaptions au monde actuel sont intéressantes : au lieu d’une opératrice téléphonique, il y a un « logiciel interactif ». Lorsque le Prisonnier touche le tableau d’information du Village, ce dernier émet un son (« Thank you for touching me »). Quand il veut s’enfuir avec la Moke, la conductrice lui indique que le véhicule est marqué de son ADN. Je ne vais pas lister toutes les différences, si ce n’est que dans cet épisode, le nouveau No. 2 est une femme (et sera le même dans l’épisode suivant) !

« The Schizoid man » vient juste après « Departure and Arrival » comme une suite naturelle. Alison est en fait la No. 9, la jeune femme qui va deviner les cartes que tient le No. 6 dans ses mains. On découvre que le No. 12 (« Number Fake ») a un aquarium dans son cottage. Susan, la femme de Curtis, n’est pas citée. Cobb est quant à lui fréquemment mentionné. On découvre aussi que Curtis était un clone qui s’est dissous quand il a été avalé par le rôdeur !

Un épisode original en bonus

Le 3ème épisode  « Your beautiful Village” est une transition originale avant « The Chimes of Big Ben ». En substance, le Village est plongé dans la pénombre. Le No. 6 tente de rejoindre la No. 9 dans le noir total. Il s’est fait une « carte mentale » des lieux. Le No. 2 tente de l’appeler mais il y a des parasites sur la ligne. Puis, un son strident étourdit le No. 6. Le No. 2 tente de convaincre la No. 9 d’amener le No. 6 à lui confier les raisons de sa démission car « cela permettra à tout le monde de se libérer ». Elle accepte contrainte et forcée. Apparemment, le No. 6 ne se déplace plus que par la pensée. Il ressent des choses mais ne peut dire quoi que ce soit, car sa voix est étouffée. Il parvient à se rendre au cottage du No. 9 qui est partie entre-temps au Dôme vert. Le village est en fait soi-disant victime d’une panne générale. Ayant connecté son esprit à celui du No. 6, le No. 9 incite ce dernier à se concentrer sur son « beautiful village ». Il comprend qu’on est en train de le priver de ses sens, qu’il doit lutter. Se rendant compte de la manipulation, le No. 6 est néanmoins à la merci du No. 2. Finalement, le No. 9 lui tire dessus avec une arme à feu, pour le blesser au bras, créer un choc et lui faire retrouver complètement ses esprits. Elle le sauve et on sent une proximité entre les deux personnages.

« The Chimes of Big Ben » est assez similaire à l’original. Le rire du comédien Michael Cochrane ressemble beaucoup à celui de Leo McKern, profond et guttural. Nadia Rakovski est toujours lituanienne, ancienne médaillée de bronze aux J.O. Deux nouveautés majeures :il est question d’un « point d’information holographique » et, surtout, le No. 6 embrasse la No. 8, un sacrilège pour les fans puritains – mais il s’agit en fait d’un stratagème de charme pour lui extraire des informations (et Mark Elstob s’y est repris à plusieurs fois en studio pour embrasser … sa main de façon convaincante, ce qu’on apprend dans le CD bonus « By hook or by crook »). Elle travaillait pour le gouvernement et a eu accès à divers secrets. Lors du voyage à Londres, le No. 6 avoue à Nadia « qu’il y a eu une femme, mais qu’elle a changé ». Au final, on apprend aussi que le No. 6 est ZM73, le meilleur agent du service. Ce n’est presque pas une surprise de découvrir que Nadia est le No. 2.

Dans le CD bonus, « By hook or by hook », Nicholas Briggs explique qu’il a fallu 5 ans de pourparlers avec ITV avant de conclure le projet. Il présente chaque acteur les divers acteurs présents dans les 4 épisodes :

Des acteurs investis dans leurs rôles

  • Mark Elstob est un grand fan du Prisonnier et de Doctor Who. Son timbre de voix métallique et sa diction saccadée. Il reconnaît que c’était dur d’appréhender le personnage étant donné l’empreinte indélébile laissée par McGoohan. Il a donc pris le parti de l’humaniser un peu, de lui faire révéler plus de failles. Le résultat est étonnant : le No. 6 n’est ni insensible, ni un roc que rien ne peut atteindre. Le plus dur, selon Elstob, a été la première journée d’enregistrement aux studios Sound House car il faisait 36° ! Il raconte avoir mimé l’étouffement du No. 6 par la grosse boule blanche en glissant ses doigts dans sa gorge !
  • Le personnage du No. 9 est incarnée par Sara Powell, une actrice originaire des Caraïbes. Elle a volontairement accentué son accent pour apporter un certain exotisme et un côté international au personnage.
  • Le personnage du No. 2 incarné par John Standing est formidable. Il a connu McGoohan, avec lequel ce dernier lui a parlé de ses vacances en Grèce à l’époque, juste avant de partir pour Hollywood. Selon lui, les textes sont très bien écrits. Il ajoute que l’audio permet plus de libertés. L’autre No. 2, Michael Cochrane, avait vu lui aussi la série, de même que Danger man. « C’était de la série de qualité ».
  • La No. 2 interprétée par Celia Imrie dans « Schizoid Man », raconte elle aussi avoir vu la série en noir et blanc lors de la première diffusion. Elle a modelé son ton de voix sur celui de Peter Wyngarde, le No. 2 de « Checkmate » (Echec et mat). Son épisode a été mis en boîte en trois heures un dimanche matin.
  • Ramon Tikaram (le No. 2 dans « Your beautiful village ») et Mark Elstob incitent les auditeurs à écouter l’épisode les yeux fermés. Cela permet aussi de découvrir ses choses différentes qu’on ne peut percevoir dans la série. Ils disent que cet épisode est très effrayant et que la privation des sens est « the ultimate torture », une sensation très déstabilisante comme ce qu’a pu vivre Winston Smith dans « 1984 ».
  • Nadia est jouée par une vraie lituanienne, Kristina Buikate, à laquelle Briggs a passé toute la série à visionner car elle ne la connaissait pas.

Nicholas Briggs explique que la voix du village est assez cinglée (« the insanity of the village voice »), un mélange voulu de sensualité et de dinguerie bien rendu par Helen Goldwyn tout au long des 4 histoires. Elle a voulu adopter un ton à la fois professionnel, maternel, impersonnel et … cinglé, donc. Pour la petite histoire, Briggs raconte aussi qu’un scientifique lui a confirmé que l’eau sur un sol électrifié ne réagirait pas comme ce qui est montré dans l’épisode original (un bruit genre « swisshh » puis de la fumée). Enfin, les petits écarts par rapport à la série originale se justifient par la différence du support. Pour Briggs, « il faut réinventer une ambiance et faire confiance aux acteurs »

The Prisoner – full cast audio drama volume 1 est sorti en coffret édition limitée « Deluxe » de 5 Cds (45,14£) avec un livret illustré. + d’infos : http://bit.ly/2BosdL4

On peut écouter un podcast avec des extraits de l’épisode « Departure and Arrival » ainsi qu’un mini-reportage en coulisses intitulé « By hook or by crook » : http://bit.ly/2H3vjVm

Post-scriptum : Ce 1er coffret ayant bien marché, un second est sorti en 2017, un 3ème est prévu. Critique à suivre dans quelques semaines. Le prochain article de cette rubrique sera consacré à la biographie dessinée de Patrick McGoohan par Brian Gorman « Everyman ».

 

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