Le Prisonnier en figurine

Laurent Manet aka Laurent Ex-Laurent est un personnage singulier ayant vécu plusieurs vies. Tour à tour bassiste du groupe punk Ludwig von 88 dans les années 80, dessinateur, graphiste, mais aussi fan du Prisonnier et créateur d’une figurine à l’effigie du Numéro 6, signalée par un internaute du groupe Facebook. Il a accepté très gentiment de répondre à mes questions

1. Quelques mots tout d’abord sur ton site figurines-rock. On y trouve de tout. De l’apache du début du XXème siècle au skater en passant par le mod, le skin…

Je fais tout tout seul depuis 8-9 ans. J’ai tout appris en autodidacte depuis la fabrication du site. Les figurines, c’est par goût personnel. Je m’attache plutôt à des mouvements populaires, comme les Teddy Boys des années 50, puis je suis remonté dans le temps. J’aime bien la marge, le côté « bad boys ». J’ai fréquenté les milieux alternatifs quand je faisais du rock aussi, comme bassiste du groupe Ludwig von 88 -1983-88). (Nota – le scribe avait leur single « Louison Bobet », un titre sorti sous 4 pochettes différentes, dont l’une représentait un grand bi ! C’était l’œuvre du premier chanteur, Fabrice Barthelon).

Laurent Manet aka Laurent Ex-Laurent

2. Comment est né ta passion pour la sculpture ?

J’aime bien ce format et j’étais un peu collectionneur. J’aime la bande dessinée, les objets, la déco. La figurine mixe un peu tous ces éléments. Je n’ai pas suivi de formation ni de cours pour fabriquer les figurines. Je dessine un peu sans être professionnel. Pour la sculpture, je me suis dépatouillé tout seul. Sur internet, je me suis renseigné sur le matériel et les outils grâce à des bloggeurs qui partagent gratuitement leurs techniques. Le côté « Do It Yourself » en rapport avec le punk me plaît beaucoup. Je n’avais aucune connaissance préalable. J’ai donc testé quelques pates avant de trouver celle qui me convenait et puis je me suis lancé. J’aime bien le contact avec la matière. J’ai retrouvé les sensations découvertes en faisant de la peinture, en plus fort encore. Je n’ai pas une technique phénoménale, comme pour le rock, mais quand j’ai envie de faire un truc, je me lance et voilà !

Le 45 tours “Louison Bobet” de Ludwig von 88, avec la fameuse pochette du grand bi

3. Je note une prédilection pour les années 60, 70 & 80, qu’il s’agisse de cinéma, de séries, de musique. Je me trompe ?

Né en 1962, je suis passionné de rock depuis tout gamin, mais aussi de tous les courants de modes, tout cela me passionne à fond. J’ai fait des études d’art plastique, puis un court passage dans la publicité. J’ai ensuite travaillé un peu dans la mode, j’ai fait du tricot, j’ai longtemps été postier.

Mes choix sur le site ne sont pas hyper originaux : ce sont les « cultes » que je trouve inspirants comme « Taxi Driver ». J’ai réalisé le personnage de « Made in Britain » interprété par Tim Roth. J’aime les films à la marge, les trucs un peu obscurs, hors normes pour le grand public.

4. Comment sont conçues les figurines de ta boutique ? Photos ? plan ? croquis ?… Quel est le processus créatif ?

Mes choix ont été relativement simples : je me suis cantonné aux classiques. J’ai donc fait le punk, le rockeur, le mod, bref les grands courants. Je fonctionne essentiellement à l’envie et aux rencontres. Je me suis intéressé à des personnages du Moyen-Age, de la Révolution, du Premier Empire. J’ai mélangé les genres, en intégrant une texture un peu « Orange Mécanique ».

Je vends mes figurines et le site est à vocation commerciale, certes, mais je ne fais pas une figurine parce qu’elle va plaire. Je fonctionne à l’envie. A partir du moment où je décide de réaliser tel personnage, je me documente. Par exemple, si je veux faire un rockeur des années 60, je vais trouver de vieilles photos pour voir le type de bottes qu’il portait, quel blouson, pour être le plus précis possible. Pour ce qui est des punks de 77-80, ayant fréquenté le milieu, je les connais bien. Pour quelque chose qui n’est pas de ma génération, je n’ai pas envie de faire d’erreur et il est donc capital que je me documente bien.

Quand j’ai démarré, je faisais des croquis. Maintenant, je me sers de photos. A la base, je dispose d’un squelette en métal avec les jambes, les bras et le tronc. Je cherche la bonne posture puis je modèle directement à partir de photos ou de croquis.

5. Outre les figurines, tu fais également de la déco disons “gothique” et de l’illustration ?

Oui, j’étais associé avec une copine. On avait fabriqué divers objets. Ceux présentés sur le site sont ceux que j’avais moi-même désigné. Il y avait une série de coupes très gothiques. J’ai touché à beaucoup de choses, comme la peinture, la déco. J’aime fabriquer des objets que j’aimerais avoir dans mon salon. La base, c’est l’envie.

6. Venons-en au sujet qui intéresse les internautes de mon blog. Pourquoi une statuette du Prisonnier ?

Fabrice et moi étions fans du Prisonnier. Il y avait une certaine émulation entre nous. Dans un des morceaux de Ludwig qui s’appelle « Assez » (composé par Laurent en 1985 sur des paroles de Fabrice), sur l’album « Houla la » (1986), on dit « Bonjour chez vous numéro 6 ». La chanson est née d’une écriture automatique. On voit aussi un grand bi sur la pochette d’une des versions du 45 tours, « Louison Bobet ». Au quotidien, on avait souvent des petites phrases qui ressortaient, notamment quand on se retrouvaient dans des situations un peu bizarres, ou quand les autorités nous tombaient dessus, on sifflotait les quatre premières note du générique. « Ta-ta-ta-ta… », un peu comme un réflexe, un gimmick. J’avais acheté à sa sortie le bouquin publié par 8ème art. L’idée de la statuette remonte donc à très loin ! J’avais envie de quelque chose pour moi. La conception est assez récente (2019) car j’ai attendu d’avoir acquis suffisamment de technique.

“Bonjour chez vous !”

C’est plus facile de sculpter quelqu’un que je connais car je m’en fais une idée dès le départ. Il s’agit parfois d’un mouvement, d’un sourire. Pour moi, le rictus du Prisonnier signifie qu’il n’est pas dupe. J’aime beaucoup cet aspect du personnage et je l’ai intégré exprès dans ma figurine, car c’était aussi l’idée que je me faisais du personnage. C’est aussi un peu dans l’esprit BD, la caricature, et tant pis si le nez, le visage est trop long.

J’ai travaillé à partir de photos sur papier glacé et j’ai essayé de me rapprocher au maximum de la posture, des couleurs et des détails (arcade sourcilière, yeux bleus, cheveux roux, pantalon, chandail, veste…). Je pensais que le sous-pull était noir, mais pas du tout ! J’ai mis un certain temps à trouver la grosse boule blanche – ce n’est pas moi qui la fabrique – dans un magasin de déco. Je trouvais la texture et la couleur parfaites. Le fait qu’elle soit creuse et translucide me convenait aussi car cela rappelle bien le ballon. Au départ, j’avais essayé avec du polystyrène, mais ça ne fonctionnait pas du tout.

Il me faut environ 3 jours pour modeler cette figurine. J’ai testé plusieurs postures. Au départ, j’avais pensé au Numéro 6 en train de courir avant d’opter pour le signe du « Bonjour chez vous », qui m’a semblé évident.

7. Quand as-tu découvert la série et dans quelles circonstances ?

J’ai dû voir quelques images pendant les années 70, mais pas lors de la première diffusion, sans doute via « La Une est vous » vers 1977. Par la suite, avec « Temps X », j’ai eu la chance de croiser les frères Bogdanoff et j’ai regardé la série avec plus de passion et d’attention dans ces années 80.

8. Es-tu déjà allé à Portmeirion ?

J’aimais déjà beaucoup le Royaume-Uni pour le rock’n’roll, mais ce périple-là était uniquement pour aller à Portmeirion. J’y suis allé exprès avec ma copine – elle connaissait aussi la série – au début des années 90. Le lieu est assez fascinant. A la fois un village et un décor. C’était le but de notre voyage. J’ai été surpris de voir que le cottage du Prisonnier était tout petit. En arrivant, on voit l’hôpital qui apparaît dans le premier épisode. Je me suis fait aussi un petit plaisir en allant courir sur la plage à marée basse en criant « Je ne suis pas un numéro ! ». Il fallait que je le fasse. Cela m’a permis de déconnecter un peu, j’étais sur un petit nuage. Evidemment, on est passés par Londres au retour, pour voir l’appartement du Numéro 6.

9. Avais-tu visionné tous les épisodes ? As-tu consulté de la littérature sur le sujet ?

Il me manquait les trois fameux épisodes « inédits », que j’ai acheté en VO en Angleterre. J’ai accumulé quelques artefacts au fil des ans, des amis m’en ont offert aussi, notamment le « Companion » de White & Ali, le livre en français paru au PUF de Pierre Serisier. J’ai une Lotus Seven, une figurine en plomb, des badges, des autocollants. J’ai ramené pas mal de trucs du Village aussi. Il me semble que Fabrice devait même avoir des numéros du rÔdeur.

La collection de Laurent Manet, un vrai fan du Prisonnier

10. Au fait, qui est le Numéro 1 ?

C’est une question difficile. Je pense qu’on est tous le Numéro 1. C’est un peu notre dieu intérieur, pourtant je ne suis pas croyant. Je trouve qu’il y a un côté un peu religieux sur la fin.

Le blog de Laurent http://laurent-ex-laurent.blogspot.com/

La figurine du Prisonnier : https://www.figurines-rock.com/fr/home/156-le-prisonnier.html

Détails : en résine peinte à la main. Hauteur : le prisonnier = 22 cm     Rodeur = 15,5 cm. Prix : 45€ + port

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