Le Prisonnier de nouveau en bulles (Titan Books)

Annoncé à grand renfort de publicité à l’automne 2017, le premier volume d’une nouvelle BD consacrée au Prisonnier vient de sortir chez Titan Books. Le scénario est de Peter Milligan (Dan Dare, X-Statix). Quant au dessin, il a été confié à Colin Lorimer (The Hunt, Harvest). C’est la première BD officielle depuis celle réalisée au tout début des années 90 chez DC Comics par Dean Motter (dessin) et Mark Askwith (scénario). Ce premier volet (un total de 4 est prévu d’ici juillet) est disponible avec pas moins de 6 (!) couvertures différentes (merci pour les collectionneurs qui mettront la main au portefeuille), dont deux signées de la main de Peter Lorimer. L’œuvre se présente sous la forme d’un fascicule de 30 pages en couleur dans un format intermédiaire entre le A5 et le A4.

“Étant donné que l’histoire est totalement ambigüe, il n’est pas étonnant que tout le monde considère que le Prisonnier soit une série à part” disait Colin Lorimer avant la publication de la BD, ajoutant “J’ai mes propres théories sur ce qui se passait dans ces cottages à l’italienne comme chaque téléspectateur, et elles sont un peu tordues, disons kafkaïennes et existentielles. Plus les épisodes étaient bizarres, plus je les appréciais. Titan m’a fait l’honneur de me demander d’imaginer un successeur au Numéro Six et de le plonger dans un monde énigmatique et envoûtant. C’est génial de me dire qu’en imaginant cette nouvelle mouture du Prisonnier, je suis pour un temps donné au moins, le Numéro Un ! »

*Attention, il y a des spoilers *

L’histoire démarre fort : un homme prénommé Breen se jette par la fenêtre d’un appartement de Chelsea, il est pris en chasse par des gens qui ne lui veulent pas du bien. Il doit changer plusieurs fois d’identité car c’est un espion du MI5 qui a trahi le Royaume-Uni (selon la couverture de L’Evening Standard). Il part au vert en Toscane et revit sa dernière mission au Moyen-Orient, où il se trouvait en compagnie de sa collègue (et maîtresse) Carey. Il a été contraint d’abandonner celle-ci. De retour au pays, le patron de Breen, l’énigmatique « Section » lui demande à mots couverts de retrouver Carey, qui se trouve probablement au Village – un lieu où l’on tient en otage des espions – et de l’éliminer. Breen refuse et, après une bagarre avec Duff, un membre du service, s’en va prendre un verre dans un pub de Portobello en compagnie d’un ami prénommé Simon. Puis il se rend au fin fond de l’Ecosse dans un centre d’entraînement du MI5 pour accéder à « Pandora », un secret dont on ne connait pas la nature – peut-être un code secret militaire – et que Breen espère donner en échange de Carey. Au moment de découvrir ce secret dans une salle appelée « Inner Sanctum » (le saint des saints) et à l’intérieur de laquelle il doit accéder via une passerelle invisible (sic !), Breen se fait gazer et se réveille… au Village. Tiens donc.

Quel est le secret de Pandora ? Où est le Village ? Où se trouve Carey ? Quel est le rôle de Section ? Ah, j’oubliais, un seul espion est parvenu à s’enfuir du Village, je vous laisse devenir lequel.

Que penser de ce premier volet ? C’est extrêmement courageux de la part de Titan de tenter un « reboot » de la série. Le remake télévisuel avait des qualités esthétiques certaines mais a péché entre autres par manque de moyens et d’ambition et à cause d’un casting catastrophique. Dans les années 70, Jack Kirby et Gil Kane avaient travaillé sur une adaptation en BD. 17 pages avaient été produites et seront révélées en juillet prochain dans une onéreuse édition « collector » avec le lettrage original de Mike Royer et 18 pages de crayonnés de Gil Kane. Une sortie opportuniste pour les 50 ans de la série (avec un léger retard donc). Quant à la série de DC Comics, elle présentait un intérêt certain (un Numéro Six vieillissant devenu dirigeant d’un Village à l’abandon) mais le trait quelconque de Motter et les couleurs criardes ont annihilé la tentative.

Ici encore, l’intrigue semble prometteuse. Un mix d’éléments qui ne dépareraient pas dans un épisode de Homeland, Mission Impossible ou 24 heures chrono. Du côté du dessin et des couleurs, c‘est plus discutable. Le trait de Lorimer est affreusement banal – bien éloigné par exemple du travail de Enrica Angiolini pour le nouveau Doctor Who chez le même éditeur. Les visages sont peu expressifs et les décors simplistes. Quant aux couleurs, elles sont tout simplement ternes. On aurait aimé un Alan Moore, quelque chose qui soit digne de « V pour Vendetta ». À chacun de se faire son avis, mais on a du mal à imaginer la portée allégorique du récit à venir.

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