Le Prisonnier dans « Geeky Monkey »

Dans le No. 16 du mensuel britannique Geeky Monkey daté de janvier 2017, Steve Hill relate son expérience du Prisonnier (7 pleines pages !) durant une convention de fans à Portmeirion, le fameux Village où ont été tournés plusieurs épisodes de la série. L’occasion d’anticiper de quelques mois le 50ème anniversaire de la série au pays de sa Gracieuse Majesté.

Le début de l’article de Geeky Monkey »

L’ambiance d’une convention est très particulière. Ces fans qui se rendent au Village sont les précurseurs des cosplays d’aujourd’hui : souci du détail dans les costumes, maniaquerie de la précision, soin obsessionnel des collectionneurs… Beaucoup sont des quadras ayant découvert la série en 1983-84 lors de la rediffusion sur la chaîne Channel 4, l’équivalent de notre Canal Plus à l’époque. Il y a autant de fans que d’obsessions : fous de Lotus (la voiture du No. 6), de mini-Moke (le petit taxi utilisé par les villageois), de musiques, de fringues…

Des fans pointilleux

Comme le dit Roy Stambrow « Combien de séries peuvent se targuer de proposer aux fans un décor naturel pouvant être visité à tout moment ? Impossible pour Star Wars ou Star Trek, ni même avec James Bond. Le village est un décor permanent ». Et d’ajouter : « Portmeirion est indissociable du Prisonnier et le Prisonnier est indissociable de Portmeirion ». Lors d’une convention, on visionne des films amateurs, on participe à des quizz. Tom Bourne est le grand vainqueur d’un jeu musical dans lequel il fallait identifier des épisodes de la série à partir de morceaux instrumentaux. Andy Votel quant à lui collectionne tous les vinyles.

Le dessinateur Brian Gorman (interview à suivre) a réalisé la première biographie visuelle de Patrick McGoohan. Il est dithyrambique : J’aime absolument tout de la série. (…) J’aime aussi toutes les séries de ITC mais elles souffrent du même mal : le happy end inévitable et habituel. Imaginez que Roger Moore, au bout de sa 5ème saison du Saint, soit allé voir Lew Grade, le patron de ITC et lui ait dit qu’il en avait marre et qu’il avait envie de tenter quelque chose de différent ! ». Pour lui, McGoohan avait un truc en plus : « Il était mû par ses démons intérieurs et ils les as tous révélés au grand jour. Quasiment tout ce qui est arrivé dans la vie de McGoohan est montré dans Le Prisonnier. Il ne faut pas oublier qu’il était destiné à devenir prêtre dans sa jeunesse. » Steve Hill rétorque que la série a humé l’air du temps, a flirté avec le flower power, les drogues mais Gorman rejette cela : « McGoohan avait tendance à picoler – il a bouclé le dernier épisode en 36 heures en se nourrissant de sandwiches et de whiskey, mais il n’a pas eu besoin de drogues (…) Il s’est appuyé sur la notoriété acquise grâce à Destination Danger pour parvenir à ses fins. Il conclut ainsi : « Toute œuvre artistique doit être replacée dans un contexte et dans un moment particulier ».

Hill dresse un parallèle avec des personnalités forte du monde musical comme David Bowie ou feu le chanteur du groupe post-punk The Fall, Mark E. Smith – qui était fan du Prisonnier – et dont l’approche dictatoriale vis-à-vis de son groupe devait être tout aussi insoutenable que la pression que mettait McGoohan sur son équipe de production.
Un mot sur le remake de 2009 : Hill estime qu’il se rapproche de Wayward Pines – qui avait au moins le mérite d’être divertissant, tout en étant ridicule – mais que seul Ian McKellen était arrivé à donner une tenue à l’ensemble, tant Jim Caviezel faisait figure d’avatar.

Histoire de s’immerger totalement dans l’univers de la série, le journaliste a participé à un jeu d’échec humains, en jouant le rôle d’un … pion. Sous l’œil amusé et/ou dubitatifs des visiteurs se demandant ce qui pouvait bien se passer, l’apparition et l’explosion d’un gros ballon blanc ajoutant à la bizarrerie.

Daté, Le Prisonnier ?

Pour Steve Hill, les aspects technologiques de la série font datés – le téléphone est devenu un outil du quotidien et on peut imaginer que la manipulation des rêves dans « A, B & C » serait exploitée via la réalité virtuelle. Il ajoute que sur la fin, certains épisodes donnent l’impression d’avoir été écrits au fil de l’eau. Il n’en reste pas moins que « McGoohan a mis tellement de lui dans Le Prisonnier qu’il n’est pas étonnant que l’on continue de célébrer la série 50 ans plus tard : « Le Prisonnier, c’est tout un chacun (« everyman ») et les fans se sont approprié le personnage avec une ferveur rare en comparaison d’autres séries. Et c’est sans doute lié à l’impact du tout premier visionnage pour les nombreux admirateurs croisés lors de la Convention ».

En guise de conclusion, il rappelle aussi que McGoohan n’a jamais voulu donner d’explication définitive sur son œuvre. Lors de l’émission « TV’s greatest hits » diffusée à la télévision anglaise en 1982, il a même dit « Si les fans comprennent la série, qu’ils me l’expliquent, je serai ravi d’essayer de comprendre ce dont il s’agit »

Le mensuel Geeky Monkey a cessé de paraître en juillet 2017 après le No. 22. Une page Facebook subsiste à cette adresse.

La prochaine revue de presse présentera un article publié dans le magazine britannique Fortean Times en octobre 2017. Une incursion dans le monde de l’occulte !

 

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