Interview du dessinateur Brian « Everyman » Gorman

Brian Gorman en dédicace à Portmeirion (2016)

Brian Gorman a dessiné “Every man – The story of Patrick McGoohan », la première biographie graphique de l’interprète du Prisonnier. Il vit à Manchester et a accepté de répondre à nos questions.

QUEL SOUVENIRS D’ENFANCE AVEZ-VOUS DU PRISONNIER ? L’AVEZ-VOUS VISIONNÉ LORS DE SA PREMIÈRE DIFFUSION EN ANGLETERRE ?
J’étais enfant au début des années 70. Je me souviens que mes parents aimaient cette série dans laquelle un type était poursuivi par un gros ballon. Je me souviens aussi dans un bus scolaire avoir vu un panneau de signalisation indiquant “Information” qui a déclenché des souvenirs. Par la suite, j’ai lu des articles au sujet de la série, et j’ai finalement trouvé 2 épisodes sur VHS dans un magasin vers 1981. J’ai adoré. Puis Channel 4 est apparu au Royaume-Uni et la série a été diffusée en intégralité sur cette chaîne en 1983. Je suis tombé complètement dedans.

QUEL A ÉTÉ VOTRE “APPRENTISSAGE” DE LA SÉRIE ? VOUS L’AVEZ APPRÉCIÉE TOUT DE SUITE OU GRADUELLEMENT ?
J’adorais toutes les séries ITC. Celles-ci étaient rediffusées régulièrement sur une station locale dans les années 70. J’aimais les musiques, les styles, l’action et, par-dessus tout, les histoires souvent surréalistes et fantastiques. Le Prisonnier était ma série préféré et McGoohan mon acteur préféré. Il en fut de même pour la musique, les histoires etc.

EVERYMAN N’EST PAS LA PREMIÈRE INTERPRÉTATION GRAPHIQUE DE LA SÉRIE, MAIS C’EST LA PREMIÈRE “BIOGRAPHIE VISUELLE”, QUOI QU’IL NE S’AGISSE PAS STRICTO SENSU D’UNE BIOGRAPHIE. POURQUOI VOUS ÊTES-VOUS EMBARQUÉ DANS UN TEL PROJET ?
Constatant qu’au milieu de la quarantaine, j’avais fais l’expérience de l’écriture, de l’art, du jeu d’acteur, j’ai décidé de me lancer dans une vraie carrière professionnelle. J’en ai eu assez des voyages interminables et de dépenser des fortunes pour aller auditionner. J’ai donc décidé d’écrire mon propre “Seul en scène”, en m’inspirant d’une émission que j’avais vue au sujet d’Orson Welles. Le choix de McGoohan s’est imposé. J’avais une vague ressemblance en termes de taille, de constitution et de voix. J’ai donc écrit un spectacle de 60 minutes, je l’ai joué et il a reçu de très bonnes critiques. Quelques années plus tard, j’ai eu envie d’en faire une adaptation graphique. Je voulais visualiser tous les personnages de la vie de McGoohan que je n’ai pas pu intégrer dans le spectacle. J’ai fait quelques imitations sur scène – de Lew Grade, d’Orson Welles, etc. Dans le roman graphique, il me fallait montrer les interactions de McGoohan avec ces personnages, et imaginer des événements dont on n’avait pas la trace.

DE QUELLE DOCUMENTATION VOUS ÊTES-VOUS SERVI ?
Vous voulez parler des recherches ? J’ai cherché tout ce que j’ai pu en ligne, j’ai parlé à quelques acteurs qui avaient travaillé avec McGoohan. Je me suis rendu sur les lieux de son enfance passée à Sheffield.

COMMENT AVEZ-VOUS CONSTRUIT LA STRUCTURE DE EVERYMAN ? LE PLAN A T-IL ÉVOUÉ AU FIL DE L’EAU ?
Je ne voulais pas faire une biographie linéaire, trop évidente. Je me suis placé du point de vue psychologique pour définir quels éléments de sa vie avaient pu l’amener à créer Le Prisonnier. J’ai été époustouflé par mes découvertes. McGoohan a injecté énormément de lui-même dans la série, il y a mis toute sa vie. J’ai aussi souhaité donner une dimension surréaliste. Pour ce faire, J’ai raconté l’histoire sous la forme d’un épisode du Prisonnier. McGoohan est interrogé par un Numéro Deux. Je me suis servi de moi-même comme référence picturale du Numéro Deux, car j’avais envie que le rôle de l’Interrogateur soit tenu par le véritable auteur/dessinateur du livre. Je voulais faire cela en adoptant un style auquel McGoohan aurait donné son blanc-seing.

L’OUVRAGE SE FOCALISE SUR LA VIE DE MCGOOHAN JUSQU’AU PRISONNIER. EST-CE QU’IL Y AURA UNE SUITE ?
Je ne sais pas. Le but de l’ouvrage était d’examiner comment la vie de McGoohan l’a amené à créer Le Prisonnier. Sa vie après la série est une tout autre histoire. Personnellement, je pense qu’il a fait un chef-d’oeuvre avec Le Prisonnier. Tout ce qui s’est passé ensuite, c’et une autre histoire.

EN PLUS DE VOTRE TRAVAIL D’ILLUSTRATEUR, VOUS ÊTES ACTEUR, VOUS AVEZ JOUÉ SUR SCÈNE “NEW DAWN FADES – UNE PIÈCE SUR LE GROUPE JOY DIVISION ET MANCHESTER” AINSI QUE “ONE MAN BOND”. VOUS ÊTES APPARU LORS D’UNE CONVENTION DE SIX OF ONE POUR FAIRE UNE ADAPTATION DU PRISONNIER. QUEL EN ÉTAIT LE SUJET ?
J’ai adapté “La mort en marche” pour en faire un conte pour enfant, et je l’ai joué à la façon du Numéro Six face aux enfants dans l’épisode. J’ai ajouté pas mal de sous-entendus dont je savais qu’ils plairaient aux fans. J’ai écrit et joué une suite imaginaire intitulée “Aftermath” (Contrecoup). De façon humoristique et surréaliste, elle parlait de la destruction du Village dans “Le dénouement” et du retour du Prisonnier dans un village rénové quelques années plus tard.

QU’AVEZ-VOUS PENSÉ DE “SHATTERED VISAGE”, LA BANDE DESSINÉE DE DC COMICS RÉALISÉES PAR MOTTER ET ASKWITH AU DÉBUT DES ANNÉES 90 ?
J’ai bien aimé. À l’époque, j’ai été déçu de ne pas revoir le personnage du Numéro Six. C’était en avance sur son temps.

TITAN ANNONCE QU’UNE BD DE PETER MILLIGAN VA “RÉINVENTER” LA SÉRIE. DES PAGES “OUBLIÉES” DE LA BD DE JACK KIRBY VONT ÊTRE PUBLIÉES EN.QU’EN PENSEZ-VOUS ?
La perspective de lire le travail de Peter Milligan m’enchante. C’est une vraie “star” dans le milieu de la BD, quelqu’un qui a un univers créatif très personnel. J’étais récemment au festival “The Lakes International Comic Art”, auquel Peter devait se rendre en tant qu’invité. J’étais déterminé à le rencontrer pour lui parler de cette adaptation, mais malheureusement, il est tombé malade au dernier moment et a dû annuler sa participation. Je lui ai donc souhaité un prompt rétablissement et bonne chance pour cette tâche. J’avais lu quelque part qu’il allait faire un “successeur” au Numéro Six. J’imagine que cette suite se déroulera plusieurs années après “Le dénouement”. Je suis content aussi que les planches de Kirby soient publiées; Son style est très dynamique, je ne suis pas certain qu’il soit adéquat pour Le Prisonnier. Nous verrons bien !

QU’AVEZ-VOUS APPRIS DU PRISONNIER ?
DE TOUT REMETTRE EN QUESTION !! L’autorité, le religion, le politique, etc. De ne rien accepter pour argent comptant. Sans vérifier par soi-même.

ET ENFIN… QUI EST LE NUMÉRO UN ?
Moi bien sûr !?

Tiré à part réalisé pour les 50 ans du Prisonnier

Tiré à part réalisé pour les 50 ans du Prisonnier
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(17£+ port): . Critique à suivre dans la rubrique « Village Store – Produits dérivés ».
Prochaine interview : Jean-Michel Philibert, fondateur du « RÔdeur », le fan-club français du Prisonnier.

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