Interview de Michel Senna

Interview avec Michel Senna, auteur de « Patrick McGoohan », la première biographie en français publiée aux éditions du Bisse et consacrée à l’acteur mythique rendu célèbre par ses interprétations de John Drake dans Destination Danger et, bien sûr, du Numéro Six dans Le Prisonnier. Michel Senna est l’auteur de deux autres biographies consacrées à Gregory Peck et Michael Caine et d’un ouvrage dédié aux dernières tournées très controversées des Beatles en 1966.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir fin février l’annonce de cette biographie sur la page Facebook du groupe « Le Monde des Avengers » ? Depuis quand cette idée te trottait dans la tête ?
En fait, j’ai été surpris que ce travail n’ait pas été fait avant. Ça m’a pris soudainement et je m’y suis attelé du jour au lendemain comme une évidence. C’était l’occasion de faire mieux connaître sa filmographie qui mérite le détour et de revenir sur les tournages de Destination Danger et du Prisonnier. Ton livre montrait déjà succinctement son parcours en dehors du Prisonnier.

Quel est ton premier souvenir de l’acteur Patrick McGoohan ? L’avais-tu découvert dans Destination Danger ou Le Prisonnier ?
Je ne savais pas qu’il s’appelait Patrick McGoohan, mais mon tout premier souvenir remonte à l’enfance, sur « La une est à vous » au milieu des années 70, j’étais très jeune. Je n’étais pas en âge de comprendre de quoi il retournait mais quelques images du Prisonnier avaient marqué ma rétine durablement : la voiture du générique, la boule blanche… Pendant des années, j’ai cru que c’était une sorte de rêve. Puis, en 1983, un peu par hasard, j’ai feuilleté un programme TV et suis tombé sur l’annonce faite de la rediffusion du Prisonnier dans « Temps X ». Et en voyant une photo de McGoohan dans le Village, j’ai eu comme un sixième sens qui s’est déclenché et qui m’a poussé à voir cette série. C’est alors que j’ai redécouvert ces images que je croyais oniriques et issues de la petite enfance. Ce fut comme une délivrance ! Tout cela existait bien et c’était captivant. J’ai le souvenir que la diffusion des 14 épisodes s’était échelonnée sur plus de six mois ! On avait le temps de savourer chaque épisode. C’est impensable, aujourd’hui !
Mais pour répondre à ta question, j’avais découvert McGoohan dans la série « Destination Danger » pendant l’été 1983. Peut-être que le fait de revoir le comédien m’a inconsciemment rappelé Le Prisonnier, programmé quelques mois plus tard. Une sorte d’impression de déjà-vu. Sinon, je n’avais vu aucun autre film, ni aucun épisode de « Columbo ».

Comment as-tu procédé pour construire cette bio ? Sur quelle documentation t’es-tu appuyé ?
J’ai déjà une certaine habitude du travail biographique ayant écrit deux ouvrages (sur Michael Caine et Gregory Peck), je ne me suis pas lancé dans l’inconnu. Je choisis généralement des personnalités qui m’intéressent et sur lesquelles j’ai réuni une documentation fournie. Je n’ai pas pu voir toutes les dramatiques TV dans lesquelles McGoohan est apparu dans les années 50 et 60 – beaucoup ont été perdues – et je me suis donc appuyé sur ce que d’autres ont pu écrire, mais en restant factuel. Le livre de Langley m’a été d’un grand secours, notamment pour ce qui concerne le début de carrière. Je suis rentré dans le détail de toute ses rôles au cinéma et à la télévision, ce qui n’était pas une mince affaire. J’avais déjà de nombreux livres sur Le Prisonnier – dans le passé, j’avais d’ailleurs collaboré à plusieurs ouvrages des éditions Huitième Art – . J’ai pu extraire des citations ici et là pour étoffer tel ou tel passage.

Je vais être un brin provocateur : pourquoi une biographie sur un acteur qui restera à jamais prisonnier d’un rôle pour l’éternité ?
Bonne question ! J’ai voulu prendre l’angle inverse pour démontrer qu’il n’avait pas été l’homme d’une seule série. C’est ce que j’avais eu envie de mettre en 4ème de couv au départ. Force est de constater c’est tout de même une réalité : « Le Prisonnier » fut son point d’orgue et marqua le début de la fin de sa carrière. Est-ce lié à l’insuccès de la série même si McGoohan s’est déclaré satisfait d’avoir provoqué des remous. L’échec du Prisonnier n’est pas le seul responsable de cette drôle de carrière.
Sa personnalité entre aussi en ligne de compte. Il n’était pas commode et pas très carriériste, mais aimait bien contrôler les choses sans avoir à faire de compromis. Il a parfois refusé des rôles importants et a privilégié des petites productions.
J’espère que même les aficionados du Prisonnier ou de Destination Danger découvriront des choses, mais il n’y a pas de scoops. Juste une démarche rigoureuse destinée à éclairer sa carrière dans sa globalité, ce qui pouvait manquer dans d’autres livres, mais pas dans le tien je te rassure ?. Il y a pas mal d’anecdotes de tournage et à la fin une filmographie très détaillée, avec dates de tournage et tout et tout. C’est assez précis, question dates ! J’ai aussi fait un rappel du parcours de ses partenaires au cinéma et des réalisateurs avec lesquels il a été amené à travailler.

Que retiendras-tu de l’acteur et de l’homme McGoohan ?
Bien sûr Le Numéro 6 et John Drake. Mais, je n’aurais pas entrepris ce livre si je n’aimais pas des films comme Un génie, deux associés et une cloche. Bien sûr, sa filmographie compte aussi pas mal de pépites plus rares. Mais je l’ai toujours apprécié dans tout ce que j’ai vu (ou presque) de « Transamerica Express » ou « L’évadé d’Alcatraz ». J’ai dû voir une dizaine de fois « Train d’enfer ». McGoohan crève l’écran dès qu’on le voit avec ses mitaines. Il me fait penser à ces acteurs des années 50 un peu nerveux et au jeu indirectement inspiré par l’Actors’ Studio. Kenneth Griffith (le juge dans « Le dénouement ») a d’ailleurs dit qu’il aurait pu devenir un nouveau Steve McQueen. Il a un charisme incroyable mais il ne s’est pas vraiment servi de son charme naturel et il a d’ailleurs refusé beaucoup de rôles allant dans ce sens. Aurait-il été un James Bond convaincant ? Il a sans doute manqué certains rendez-vous avec la grande histoire du cinéma. C’est tout le paradoxe du personnage. Autant incarner un héros qui ne serait pas vertueux lui a toujours posé des problèmes de conscience, autant jouer les crapules les plus horribles semblent ne l’avoir jamais gêné.
L’une de ses prestations m’a vraiment surpris, c’est dans « Trespasses » (1983, inédit en France). J’ai trouvé ce mélodrame tourné en Nouvelle-Zélande, très intéressant. Il y tient le rôle d’un veuf très pratiquant qui ne voit pas que sa fille – remarquable Emma Piper – a grandi. En voulant défendre la vertu de sa fille, il va devenir un dangereux maniaque. Ce personnage torturé et mentalement atteint fait penser à certaines prestations de Max Von Sydow chez Bergman.
Dans « L’auberge de la Jamaïque », il est remarquable en naufrageur abject mais habité par des tourments.
Concernant, « Un génie, deux associés et une cloche » Robert Charlebois a raconté des anecdotes de tournage. Bon vivant il s’est très bien entendu avec McGoohan, mais il avoua avoir eu du mal à suivre son rythme … irlandais en matière de boisson, dont il a certainement payé certains excès.
« Braveheart » a marqué son grand retour, merci Mel Gibson ! Il y joue remarquablement bien, avec une pointe d’humour l’horrible roi Edouard 1er. Ça laissait augurer de belles choses mais ce fut un come-back en demi-teinte. Par la suite, il n’est apparu que dans des petits rôles dans des films tels que Le droit de tuer. Et puis plus rien. A part « Columbo », dont il fut un fidèle parmi les fidèles. Il joua dans 4 épisodes en tout.
Mais derrière le comédien, j’aime bien les partis pris de l’homme : Son mépris pour le star-system, son refus du compromis. Il avait certes son caractère mais aussi des idéaux assez nobles..

Un rôle préféré outre celui du Numéro Six et de John Drake ?
Au risque de te surprendre, j’aime autant « Destination Danger » (deuxième mouture, les épisodes de 50 minutes) que « Le Prisonnier ». Pour le reste, c’est une question à laquelle je n’ai pas réfléchi. Il n’y a pas un rôle précis. C’est plutôt un plaisir de retrouver ce comédien au jeu un peu étrange et décalé. C’est un acteur si attachant, qu’on prend plaisir à voir aussi bien dans « Columbo » que dans « All night long » que ou « Destination: Zebra Station Polaire ». J’aime bien ses faces à faces avec Clint Eastwood (un de mes acteurs préférés) dans « L’évadé d’Alcatraz ». Mais, je me rends compte avec ta question que je n’ai pas de rôle préféré. Disons que c’est un tout. C’est grave, docteur?

Au bout du compte, qui est le Numéro Un ?
Questionne-toi toi-même ! Bonjour chez vous !

Détails : 240 pages environ. Prix : 25€. Format : 16x24cm.
Contenu : 12 chapitres avec un traitement chronologique, illustrés par de nombreuses photos en n&b.
Descriptif précis de 30 pages sur la filmographie, les séries TV, les dramatiques TV et téléfilms (et un recensement des pièces de théâtre à partir de 1952).
Pour commander : se reporter à la page Facebook de la librairie Metaluna (rue Dante, 5ème arrdt Paris)
Michel sera en dédicace le samedi 5 mai dans la boutique Paramètres BD 19 Bd de Reuilly (Paris 12ème) et le samedi 12 mai à la librairie Metaluna (7 rue Dante, Paris 5ème).

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :