Interview avec Jean-Michel Philibert (fondateur du rÔdeur)

Interview avec Jean-Michel Philibert, fondateur et ex-président du rÔdeur, le fan-club français du Prisonnier et co-auteur de « Le Prisonnier, une énigme télévisuelle »

  1. Quand as-tu vu le Prisonnier pour la première fois ?

C’est lors de la première diffusion, en 1968, avec des souvenirs très émotionnels, comme l’apparition du Rôdeur, et le Prisonnier courant sur la plage… Ce n’est que lorsque j’ai revu la série dans sa (presque) intégralité, en 1983, dans « Temps X », que j’ai véritablement réalisé ce que représentait ce monument télévisuel. Et que j’ai décidé d’aller au Village !

  1. Comment t’es venue l’idée de fonder le premier – et seul- fan-club français du Prisonnier ?

C’est un sentiment profond de frustration ! A Portmeirion, le village-hôtel où fut tournée la série, j’ai appris qu’il existait un fan-club, le Six of One, et j’ai immédiatement adhéré. Puis est venue très vite l’envie de rencontrer d’autres passionnés, en France, de partager notre curiosité et notre intérêt. J’ai alors proposé à Roger Langley, du Six of One, de devenir le représentant du club pour la France. C’est ainsi que tout a commencé…

  1. Quelques souvenirs de conventions à partager ?

Il y en a tellement… La partie d’échecs humaine à Roanne, le concours d’érudition sous le kiosque à musique de Saint-Etienne, la rencontre avec Jacques Thébault au forum de la FNAC, la balade en Lotus Seven avec l’ami Christian, le ballet de grosses boules blanches pendant la projection d’épisodes dans une salle de cinéma, les expositions d’objets inspirés de la série, la magnifique salle de la MJC de Perrache, aujourd’hui disparue et, en face, les orgies de choucroute ! Mais le plus émouvant reste peut-être celui de la première rencontre, en 1987, dans la salle des fêtes d’un petit village, où j’ai lancé à une quarantaine d’inconnus venus de toute la France mon premier « Bonjour chez vous ! »

  1. Tu as scénarisé deux bandes dessinées avec Philippe Cottarel. En 1988, « Who is Number One ? » puis « Projet Pennyfarthing » près de dix ans plus tard. Comment se lance-t-on dans de tels projets d’écriture ?

Par hasard ! Philippe Cottarel a lu un article écrit par David Tiberghien sur la série, dans Télé Poche, qui donnait mon adresse. Philippe m’a contacté pour me confier son envie de dessiner un album consacré au personnage du Numéro 6. Comme je suis moi-même romancier et scénariste, je lui ai proposé d’en écrire le récit et les textes. Et nous avons réalisé ainsi un album complet, par correspondance, sans jamais nous rencontrer ! Par la suite, nous sommes devenus de grands amis. « Who is Number One ? » a été édité par le Six of One, en anglais, avec une traduction pour les Français. Quant à « Projet Pennyfarthing », il a été édité par Le Rôdeur (le fan-club français) avec une traduction pour les Anglais !

  1. En littérature, les novélisations (Disch, Stine et McDaniel) ont connu des succès divers. Un avis sur ce sujet ?

Contrairement à certains passionnés qui rejettent toute adaptation de la série sous une nouvelle forme, je pense que l’on peut tout à fait revisiter « Le Prisonnier », et c’est d’ailleurs ce que nous avons fait avec les deux albums de BD. L’adaptation de Thomas Disch est très intéressante, elle donne un relief particulier à certains aspects de la série originale, même si elle n’en a pas le caractère génial et avant-gardiste.

  1. Est-ce que tout a été dit, écrit et dessiné sur Le Prisonnier ?

Je ne peux que répondre non, après ce que je viens de dire ! L’œuvre de Patrick McGoohan est tellement riche qu’elle peut encore être interprétée.

  1. Un mot sur ton prochain projet lié au Prisonnier ?

Mon propos, dans « Le Prisonnier, une mythologie moderne » (à paraître) est d’ailleurs de démontrer que la série possède à la fois un caractère « prophétique », en ce sens qu’elle annonçait en 1967 le monde dans lequel nous vivons actuellement, et un substrat « allégorique », qui font du Numéro 6 un héros au sens mythologique du terme, et du Village une matérialisation de grands thèmes tels que la liberté, la responsabilité, l’enfermement, la connaissance de soi… J’y rappelle également l’originalité d’une œuvre magnifiquement construite, qui fait écho à d’autres œuvres, littéraires, cinématographiques, philosophiques ou artistiques, et qui en a elle-même inspiré de nouvelles. « Le Prisonnier », c’est « l’Odyssée » des temps modernes.

  1. La série est-elle pertinente 50 ans plus tard ?

Là encore, je ne peux que répondre oui ! Quand je regarde, pour la énième fois, le premier épisode, je suis toujours fasciné par son impact visuel et émotionnel. Et je ne peux m’empêcher, à chaque fois, de tenter de décrypter encore et encore…

  1. Au fait, qui est le Numéro Un ?

Nous sommes tous à la fois le Numéro 1 et le Numéro 6. Nous sommes tour à tour gardien et prisonnier, nous avons en nous aussi bien les barreaux de la prison que les clés de la cellule.

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One Comment

  1. Markus61

    Ah,en v’là de la belle interview !!

    Notre guide, Jean-Michel Philibert a toujours l’esprit clair, le verbe juste,le souvenir émouvant, malgré son grand âge.
    En effet, il a crée le fan-club français dans les années 80 pour s’occuper un peu pendant sa retraite.
    Ne vous fiez pas à la photo de l’article elle date, elle aussi, des années 80 !!
    Cependant le vieux druide est toujours là, pompier bon oeil, et il continue d’avancer sur le chemin de la connaissance… du Prisonnier !!
    En fait le mythe, c’est lui !!

    Bonjour chez vous !!

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