Interview avec Alain Carrazé (2ème partie)

Deuxième partie de notre échange avec Alain Carrazé. Alain évoque ses rencontres avec McGoohan à Los Angeles, la petite mise en scène concoctée pour le 30ème anniversaire sur Canal Jimmy, et de plein d’autres choses !

1. Tu as eu la chance de rencontrer et d’interviewer Patrick McGoohan deux fois. La première fois à Los Angeles en 1989 pour la préface du livre susnommé. Comment es-tu entré en contact avec lui et comment s’est déroulé l’entretien ?

C’est lui qui est rentré en contact avec nous. Nous étions moralement et contractuellement obligés de le contacter pour le prévenir de l’existence du livre que nous allions faire et de l’accord de ITC. Comme son visage figure sur quasiment toutes les photos, nous ne pouvions pas nous permettre de l’ignorer d’un point de vue strictement légal. Alors que le livre était quasiment terminé, son agent est revenu vers nous pour nous dire qu’il serait ravi qu’on fasse un tel ouvrage, très content de ce que nous lui avions montré. Et que, s’il nous restait un peu de place, il était tout disposé à nous parler ! Nous avons relu ce message une bonne dizaine de fois pour être bien sûr que nous ne rêvions pas ! Il était inimaginable qu’il soit aussi agréable et bien disposé vis à vis du projet et qu’il accepte de nous parler ! Sa réputation (fausse) l’avait précédé à nos yeux. Pierre-Jean à fait « un peu de place » dans la maquette, nous avons répondu positivement et surtout « cassé la tirelire » pour m’envoyer à Los Angeles, plutôt que de faire l’interview par téléphone. McGoohan était d’accord pour qu’on se rencontre et qu’on prenne des photos ! Mon ami Daniel m’a donc accompagné à L.A., conduisant notre voiture de location et devenant photographe pour l’occasion. Nous nous sommes vus sur Sunset Boulevard le premier jour. Le lendemain, il est venu travailler avec moi dans mon motel, le Hyland Garden, juste derrière Hollywood Boulevard et le Chinese Theater (depuis Temps X, j’avais repéré ce lieu !). J’avais ma machine à écrire portable Brother avec moi. Nous avons convenu d’écrire l’interview à deux. Chaque mot, chaque phrase était écrite par nous deux. Il est arrivé que j’écrive une partie de ses réponses et lui mes questions ! Nous nous sommes encore revus le lendemain après avoir re-re-re-relu le texte afin d’être bien certains que c’était ce qu’il voulait obtenir, à la virgule prés.

Pendant que nous travaillions, Daniel faisait des photos, sans vraiment qu’il n’y ait de séance de pose. Une ou deux fois, Patrick s’est amusé à décrocher le téléphone, histoire de prendre une attitude sympa ! Mais c’était du « sur le vif ». Patrick était estomaqué car, habituellement, il détestait être pris en photo. Le soir, Daniel a donné sa pellicule à développer chez un photographe du coin. Les diapos furent prêtes dès le lendemain. Nous avons pu les montrer à Patrick. Il fut stupéfait qu’on ose faire développer les photos sur place ! Il les a toutes validé et les a trouvées toutes parfaites. Nous n’avons rien supprimé. Le texte était fait. Nous nous sommes quittés très bons amis, en totale confiance. Quand il a reçu le livre, il nous a envoyé un message pour nous féliciter. Il a adoré l’ouvrage et – je crois- il en était très fier. Il nous a demandé d’autres exemplaires, en plus de ceux qu’il devait contractuellement recevoir. Évidemment, nous les lui avons envoyées.  Il a tenu à nous les payer, via une déduction des royalties qu’on lui devait ! C’est un an après qu’il nous a dit qu’il allait insister un peu auprès de son agent pour avoir un contrat en bonne et due forme !

Nous sommes restés en contact permanent. Il n’était pas inhabituel qu’il m’appelle chez moi le soir ! Nous avons échangé surtout après la chute du mur de Berlin, un événement majeur qui reflétait des thèmes chers à ses yeux. Daniel lui a envoyé des exemplaires de ses photos, il nous a chaleureusement remercié.  J’ai encore ses courriers et ses cartes de bonne année ! Nous nous sommes revus quelques années plus tard, alors que je faisais un travail à Los Angeles. Il nous avait donné rendez-vous pour déjeuner dans le restaurant très huppé de Carol O’Connor, la star de « All in the family » !  Là encore, c’était un immense plaisir et je crois bien que je lui ai amené la première maquette du coffret VHS de la série que PolyGram avait édité avec nous. Le livre avait obtenu un prix, il cartonnait et une version anglaise était envisagée, un comble pour un livre français sur une série anglaise ! Des mois plus tard, il m’a demandé au téléphone de veiller un peu sur sa fille Anne qui était en tournage à Paris : elle était script sur « L’homme au masque de fer » avec Leonardo DiCaprio ! Un film dont le premier assistant réalisateur était -tiens tiens- David Tomblin. Vérifiez sur IMDB : vous la trouverez ! Nous sommes bien sûr entrés en contact et elle m’a raconté plein de choses sur DiCaprio !!!

2.La seconde fois – tu la racontes dans « Les nouveaux feuilletonistes » – c’était pour l’émission « Destination Séries » sur Canal Jimmy. La seule interview de McGoohan pour une émission de télévision française. Comment cela a-t-il être possible, sachant qu’il donne très peu d’interviews ?

Tu l’as compris, nous étions très bons amis. Je n’avais pas envie d’exploiter cette amitié personnelle pour mon travail. Or, nous approchions du 30ème anniversaire de la série et j’avais envie de marquer le coup dans « Destination Séries ». De plus – et je vais être le plus honnête possible – Série Club m’agaçait un peu à se prétendre les plus forts, les meilleurs, à rouler du tambour, alors qu’ils étaient sur un pied d’égalité et même bien moins efficaces et introduits que nous en ce qui concerne l’univers des séries, des reportages, des documents promos que nous obtenions souvent avant eux pour leurs propres séries. En plus, ils annonçaient une soirée spéciale pour le Prisonnier, avec McGoohan. Ça m’a échauffé. Patrick, au téléphone, m’avait confirmé qu’il n’en était rien. J’ai osé lui demander alors s’il accepterait de me donner une interview à cette occasion. Qu’on le ferait à sa convenance. On a alors convenu d’un « faux direct » au téléphone ! Certes, ce n’était pas très télévisuel, mais bon : c’était un événement – les 30 ans de la série – qu’il faillait fêter et je voulais le faire avec lui.


Alain Carrazé en compagnie du Superviseur, Patrick Ducher lors d’une soirée « Ciné O’clock » au cinéma Le Zola de Villeurbanne

A partir de là, c’était très simple. On a calé le jour et l’heure, en tenant compte du décalage horaire, et on a tourné Destination Séries jusqu’à l’heure de l’interview. Là, je l’ai appelé, mis en standby, rejoint le plateau avec Jean-Pierre (Dionnet, le coprésentateur) et on a tourné la séquence d’une traite en faisant semblant de l’appeler en direct. C’était une mise en scène mais c’était vraiment le cas : sa voix a retenti sur le plateau ! C’était purement génial. Nous n’avons rien remonté ni coupé, c’était à 100 % ce qu’il voulait, dans le respect le plus total pour lui. En terminant, j’avais dans un coin de ma tête la satisfaction d’avoir pris Série Club à leur propre jeu. C’était un petit coup d’égo mais, au final, c’est grâce à leur arrogance que j’ai obtenu cette interview. Sinon, il ne me serait jamais venu à l’esprit de déranger Patrick pour ça. Ce dernier a joué le jeu parce que, encore une fois, il existant une confiance mutuelle réciproque.

3.Par-delà ces contacts professionnels, aviez-vous des échanges informels ?

Absolument. Je les ai évoqués.

4.Depuis plus de trente ans que tu mentionnes la série dans des articles, des émissions de télé ou de radio, des livres … est-ce que tout n’a pas été dit sur la série ?

Tout a été dit, mais la façon de le dire peut changer, l’angle. Et il est maintenant encore plus crucial d’évoquer cette série comme d’autres très grands chefs-d’œuvre, pour qu’elle ne sombre pas dans l’oubli. A ce titre, l’édition remastérisée de la série a beaucoup contribué à la remettre sur le devant de scène. Il y a à peine un an (2017), elle a été rediffusée en HD sur EuroChannel et a fait un vrai carton. De plus ; je considère qu’on peut difficilement se prétendre « chroniqueur série s » ou « journaliste spécialisé séries » sans avoir vu au moins un épisode. Sinon, tu n’es pas crédible. Tout comme un grand critique de cinéma ne serait pas crédible s’il avoue n’avoir jamais vu « Citizen Kane » ou « Star Wars ». Donc, à ce titre, Le Prisonnier est, pour moi, un bon moyen de séparer les opportunistes qui s’improvisent « spécialistes séries » de ceux qui sont vraiment légitimes.

5.En 30 ans, les supports de diffusion ont évolué : cassettes vidéo, laser discs, DVD, Blu-Ray. Bientôt Le Prisonnier en hologramme dans son salon ?

Le support importe peu. L’œuvre est telle que McGoohan l’a voulue et elle bénéficie des meilleures conditions de visionnage possible. Ensuite, s’il s’agit de la reformater ou de la modifier pour satisfaire à un nouveau support, là, c’est plus délicat. Pas impossible mais tout dépend de ce que l’on en fait…

6.Et finalement … qui est le Numéro Un ?

Questionnez-vous vous même !

 

Propos recueillis par Patrick Ducher

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!
%d blogueurs aiment cette page :