In my mind, le documentaire de Chris Rodley sur McGoohan

Le DVD de « In My Mind »

« In my Mind » (2017) est un film documentaire de Chris Rodley de 78 minutes consacré à Patrick McGoohan. Rodley est connu notamment comme auteur du livre « David Lynch – entretiens » (1998). Flashback : en 1983, la toute jeune chaîne britannique Channel 4 lui commande un documentaire parallèlement à la diffusion de la série « Le Prisonnier » sur cette même chaîne. « Six into One – The Prisoner File » est à ce jour le plus complet sur la série car il présente le plus large éventail d’interviews d’acteurs (inoubliable Alexis Kanner), de personnes ayant participé à la production de la série tels que le bras droit de McGoohan David Tomblin ou le responsable des décors Jack Shampan, des scénaristes comme Lewis Greifer – l’auteur du fameux « Général » – et de personnalités marquantes comme Lew Grade, le patron de ATV sans lequel il n’y aurait pas eu de Prisonnier – sans oublier George Markstein, le coordinateur des scénaristes lors du lancement de la série.

Pour marquer le 50ème anniversaire de la première diffusion britannique du Prisonnier, Rodley a exhumé pour Network – les détenteurs des droits de la série et filiale de ITV – des bandes inédites et remonté l’intégralité de son travail précédent pour produire un portrait à vif de Patrick McGoohan. Le film est entrecoupé d’extraits de la série, de superbes vues aériennes de Portmeirion (le célèbre « Village ») de l’interview réalisée avec le journaliste canadien Warner Troyer en 1977 et de propos de sa fille aînée, Catherine. « In My Mind » a été présenté au British Film Institute (BFI) de Londres, l’équivalent de notre cinémathèque, le 25 novembre 2017.

Un malaise palpable …

Dans la première partie du documentaire, Rodley explique qu’en 1983 McGoohan était très réticent à l’idée de dévoiler quoi que ce soit au sujet du Prisonnier. Ce n’est qu’après de nombreuses tractations qu’il a finalement accepté de prendre part au projet, dont il a très vite pris la direction, sentant que l’équipe de tournage pataugeait un peu. On découvre des images jamais vues jusque-là : Rodley et ses collaborateurs se trouvent ainsi embarqués dans un petit chalet sur les hauteurs de Los Angeles. McGoohan est assis devant une table sur laquelle sont posés un classeur noir et un stylo. On le voit donner des consignes, ll répète plusieurs fois son entrée en scène, n’est pas satisfait, recommence. Il se déplace car il juge un plan trop statique. Bref, il ballade un caméraman pas très à l’aise auquel il lance pourtant « c’est moi qui devrait avoir peur ». Chacun de ses gestes est minutieusement étudié. Il parle de « Destination Danger », de son aversion pour les armes, de son admiration pour Lew Grade auquel il doit tout.

S’il est très conscient de son image de père la pudeur, McGoohan rappelle aussi qu’il a joué dans sa jeunesse dans « Gipsy » (1958) de Joseph Losey – où il folâtre avec Melina Mercouri – et dans le terriblement mauvais « High tide at noon » (Philip Leacock, 1957) dans lequel il viole une jeune femme. On le sent tantôt mal à l’aise, tantôt en total contrôle de sa pensée. Lorsqu’il sent que l’équipe mollit un peu, il lui propose de se dégourdir les jambes, avec son phrasé inimitable (« Would you be kind enough to follow me ? »). Il reconnaît plus tard le côté autobiographique de l’épisode « Il était une fois », qui symbolise son rejet pour l’autorité aveugle. Il explique qu’il a endossé le rôle de producteur exécutif presque contraint et forcé par la production, étant donné qu’il était le géniteur (et réalisateur, scénariste occasionnel et acteur principal…) de la série et qu’il fallait bien une tête de gondole.

Catherine McGoohan, fille aînée de Patrick, parle avec émotion de son rôle de pasteur épris d’absolu dans « Brand », basé sur une pièce du dramaturge norvégien Ibsen. « Il arpentait la scène complètement exalté, comme s’il était possédé par son rôle ». Elle explique aussi qu’il a su se servir admirablement de l’aspect inquiétant que peut inspirer Portmeirion. Elle-même n’a pris conscience qu’après bien des années du côté autobiographique du « Prisonnier » (« Il ne jouait pas un rôle, c’était sa vraie date de naissance » !). Le film met aussi en parallèle des petits films super-8 d’époque avec le résultat final à l’écran (par exemple la scène du taxi lors de l’arrivée du Prisonnier) ce qui est passionnant. Pour clore la première partie du documentaire – il fait désormais nuit, on sent que la journée de tournage a été longue et fatigante – on voit McGoohan dans une grande salle de séjour vide.

Un documentaire contre l’avis de McGoohan

Rodley raconte avoir reçu un coup de fil de McGoohan – comment ce dernier savait-il qu’il s’était retiré dans un motel situé dans le désert de Mojave ? Rodley ne l’avait dit à personne ! – lui disant qu’il était prêt à faire un chèque en blanc pour tout annuler et récupérer les bandes déjà tournées. Un compromis est obtenu : l’équipe recommencera l’entretien en intégralité. Ce sont donc ces propos-là que l’on entend dans le documentaire originel « Six Into One ». McGoohan est furieux du résultat final et exige qu’un complément y soit intégré : c’est la mythique « L.A. » tape (dans laquelle on le voit interrogé par sa fille en train de livrer des « explications » sur la série, puis de dessiner des cintres énigmatiques sur la plage de Santa Monica) histoire de perdre encore plus les fans.

« Chacun doit se faire sa propre idée, sa propre explication. Il ne faut pas que les acteurs dévoilent leurs secrets ». Catherine McGoohan

Or, le fan veut tout savoir, le fan veut des images jamais vues de McGoohan. Ce qui gêne lorsqu’on visionne « In my Mind », c’est qu’il y a comme un côté voyeur. Pourquoi vouloir montrer à tout prix des propos que McGoohan lui-même n’a pas cautionné ? Catherine McGoohan explique du reste que son père n’aimait pas faire de commentaires sur la série, ni l’expliquer : « Chacun doit se faire sa propre idée, sa propre explication. Il ne faut pas que les acteurs dévoilent leurs secrets ».

A chacun de se faire son avis, donc.

« In My Mind » (Network, 2017) de Chris Rodley (78 minutes) est en vente sur le site networkonair et sur les diverses plates-formes de vente en ligne. Il est aussi intégré au coffret DVD/Blu-Ray du 50ème anniversaire proposé par Network. (Pas de sous-titres français).

Le prochain article de cette rubrique sera consacré au coffret de l’intégrale des musiques du Prisonnier.

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!
%d blogueurs aiment cette page :