I am not a number, par Alex Cox

Alex Cox est un acteur, réalisateur et scénariste britannique connu d’un public pointu et underground notamment grâce au film culte « Sid and Nancy » (1986) – qui raconte la vie tumultueuse de l’ex-bassiste des Sex Pistols – mais aussi pour avoir co-écrit for « Fear and Loathing in Vegas » pour for Terry Gilliam (1998). Dans « I am not a number » (Kamera Books 2017), il donne un point de vue décapant sur Le Prisonnier. Le livre de Cox a été assez décrié par certains « hardcore fans » à sa sortie à cause de certains partis pris étonnants.

Tout d’abord, si des réponses sont à trouver, Cox estime qu’il faut simplement écouter McGoohan – elles sont toutes dans les 17 épisodes ! – et replacer la série dans le contexte de guerre froide de l’époque tout en considérant son côté résolument British : le « Labour Exchange » et le « Citizen’s Advice Bureau » étaient des institutions héritées de l’état providence, le numéro deux campé par Leo McKern entre au parlement en étant coiffé d’un chapeau melon.

Cox estime par ailleurs que Le Prisonnier reste unique pour l’époque : quelle série – ou quel film – mettait dos à dos les deux côtés du rideau de fer ? Pour lui, « toute œuvre complexe est ouverte à de multiples interprétations. Moby Dick ne ferait pas un bon roman, ni Le Prisonnier une bonne série si ces deux œuvres ne suscitaient pas des débats, de la confusion et des arguties. (…) mais on ne trouve pas de réponses à Moby Dick en lisant une obscure interview de Herman Melville dans un magazine : la signification se trouve DANS l’œuvre elle-même ! »

L’auteur se fend d’un résumé des 17 épisodes qui peut être superflu – de nos jours, tout se trouve sur le net – mais ce qui fait l’intérêt principal du livre, c’est son point de vue sur l’ordre de visionnage idéal de la série. Il pense qu’il faut la visionner dans l’ordre de production des épisodes – il omet de citer précisément celles-ci –  et non dans celui de diffusion ce qui donne : 1. Arrival (28 août 1966) 2. Free For All (15 sept.) 3. Checkmate (20 sept.) 4. Dance of the Dead (26 sept.) 5. The Chimes of Big Ben (30 sept.) 6. Once upon a Time (décembre 66/janvier 67) 7. The Schizoid Man (décembre 66/janvier 67) 8. It’s Your Funeral (janvier 67) 9. A Change of Mind 10. The General 11. A. B. and C 12. Hammer into Anvil (mars 67) 13. Many Happy Returns (octobre 67) 14. Do Not Forsake Me Oh My Darling 15. Living in Harmony 16. The Girl who was Death (oct/nov 67) 17. Fall Out (nov. 67)

Aucun fan n’est d’accord sur le sujet et l’avis d’Alex Cox, le réalisateur, semble intéressant. Il ajoute à la fin de chaque résumé une rubrique intitulée « Qu’avons-nous appris ?». Pour Living in Harmony, il explique que cet épisode n’avait pas été diffusé aux Etats-Unis et en France, sans doute parce que « trop transgressif pour les censeurs de ces pays ».

Dans le chapitre final intitulé « Decoding The Prisoner », Cox se fait provocateur en expliquant que, selon lui, le Prisonnier n’est PAS un agent secret qui démissionne, mais plutôt un ingénieur en aéronautique spécialisé dans la construction de fusées. Enfin, au sujet de la localisation du Village : tout simplement un village sur la côte peuplé de britanniques patriotes. Le Numéro 1 ? Tout simplement … la fusée !

Maladroit et provocateur, certainement et c’est à l’image du bonhomme. La partie la plus intéressante du projet se trouve sans doute dans une vidéo de promotion du livre et concerne le dossier d’information de ITC envoyé en avant-première aux stations de télévisions américaines sur laquelle Cox a mis la main dans une librairie spécialisée en livres d’occasion alors qu’il se trouvait à Los Angeles : le descriptif ne contenait que … 13 épisodes !

Il confie à Rick Davy (du blog The Unumutual) que la série a définitivement influencé son travail – pas du point de vue visuel – ses références sont un peu plus « grunge » – mais philosophiquement, cela l’a aidé à affronter Universal Pictures, et la BBC ! Cox n’en n’est pas moins un vrai fan. Il a vu la série lors de sa première diffusion (il avait 14 ans) sr la chaîne Granada, et découpait les résumés du TV Times (le Télé 7 jours anglais) car il n’y avait pas de magazines spécialisés sur le sujet. Pas de trace de « Fallout », ni des 3 épisodes « psychédéliques” (Living in Harmony, Do not forsake me Oh my Darling et The girl who was death) dont la numérotation est bizarre, allant de 1 à 1 puis attribuant le chiffre 16 à Once upon a time »: pour Cox, tous les épisodes avaient été tournés, les acteurs étaient connus, mais ITC cherchait encore à vendre un « package » de 13 épisodes, comme c’était l’habitude de l’époque. Cox estime donc que le plan était de concocter deux saisons, concluant dans la vidéo de promotion de son éditeur que « c’est amusant d’être un fan du Prisonnier, d’en discuter encore 50 ans plus tard et de se dire que c’est ce qui a été fait de meilleur à la télé»

Au final, cet ouvrage a le mérite de proposer des pistes de réflexion intéressantes qui alimenteront les débats entre fans passionnés.

I am not a number – 210 pages, 9,99£

Extraits et vidéo (5 min.) sur le site de l’éditeur à cette adresse http://bit.ly/2skNNgF. Une interview à consulter sur le site The Unmutual à cette adresse : http://bit.ly/2Fuerdd

Cox a été interviewé dans les studios de Elstree à l’occasion d’un événement marquant la suite des célébrations autour du 50ème anniversaire du Prisonnier. Compte-rendu ICI

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