Everyman, un regard sur la BD de Brian Gorman

“Everyman – the story of Patrick McGoohan – The Prisoner” une BD de Brian Gorman
L’originalité de ce projet est qu’il s’agit de la première (et seule) biographie graphique consacrée à la vie de McGoohan, que Gorman lie étroitement à celle du Prisonnier (interview à venir). On découvre donc la jeunesse irlandaise, la vie dans la compagnie théâtrale à Sheffield, le rôle décisif dans « Brand », la pièce d’Ibsen. Le noir et blanc et le papier satiné donnent une belle tenue à l’ensemble.

La première page s’ouvre avec un texte court et lourd de sens : « Dédié à tous les individualistes. Nous ne sommes pas des numéros. Soyez vous-mêmes. Faites pour le mieux ». Ensuite, le personnage du No. 6 revit sa vie d’avant. Celle de McGoohan, celle de la télévision britannique des années soixante, du divertissement facile, de l’insouciance, où le public n’avait pas besoin de « penser ». Gorman a puisé dans l’histoire personnelle de McGoohan pour construire son récit et l’acteur est soumis à de multiples questions. Destiné à devenir prêtre en Irlande – il évoque le lyrisme de Yeats – il a changé le personnage de John Drake pour en faire un agent secret « différent » et n’a pas cédé aux exigences de la production qui voulait lui faire embrasser une fille différente chaque semaine. Le récit est un va-et-vient entre la jeunesse de McGoohan et le Prisonnier, torturé par son geôlier – dont on devine qu’il s’agit du dessinateur.

Un angle original : McGoohan EST Le Prisonnier

Gorman montre un homme habité : par sa passion du théâtre, ses idéaux, sa famille, ses principes. Il imagine que son caractère s’est forgé en avalant de nombreuses couleuvres au cinéma. Dans Everyman, le dessinateur reproduit certaines photos connues de McGoohan. Mais son travail est bien plus intéressant quand il s’affranchit du cadre pour se permettre des interprétations. Par exemple, quand il invente un face-à-face houleux avec Terence Young (« Je préfère retourner dans ma ferme plutôt que de jouer votre James Bond ») ou un échange marquant avec Orson Welles. Il rappelle aussi qu’entre deux saisons de Destination Danger, McGoohan a aussi joué le rôle d’un cosmonaute russe (« The man out there », en 1960), d’un batteur de jazz dans « All night long » en 1962, d’un gardien de prison dans « The quare fellow » (1962).

Gorman souligne que c’est Grade qui a rappelé McGoohan pour la suite de Destination Danger et qui, bien sûr, lui a donné carte blanche pour cette histoire bizarre d’agent secret qui démissionne. Devenu seul maître à bord de l’aventure, il veut faire penser les gens. Il est la star, prisonnière de son Numéro Un ?

L’angle pris par Gorman est astucieux et original. Il l’explique dans son interview (à lire ICI) : « Je ne voulais pas faire une biographie linéaire, trop évidente. Je me suis placé du point de vue psychologique pour définir quels éléments de la vie de McGoohan avaient pu l’amener à créer « Le Prisonnier ». Sur la forme, il s’est attelé à produire un dessin réaliste, sans doute un peu statique qui interpellera les fans pointus et les connaisseurs du parcours personnel de l’interprète du Numéro 6.

Everyman – the story of Patrick McGoohan – The Prisoner, Brian Gorman (Invisible Six, hardback 2015) 70 pages 17£. La version collector proposait deux dessins originaux, deux marques-pages et un tiré à part, le tout dédicacé par l’auteur. Une version “softback” est sortie en 2017 pour marquer le 50ème anniversaire de la série. L’album a été augmenté d’une vingtaine de pages de croquis, de dessins pleine page et d’un texte additionnel du dessinateur (Invisible Six, softback 2017) 90 pages.

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