Coffret DVD « The Prisoner- the complete series » (Network 2017)

La série a été déclinée sous plusieurs formats à l’occasion du 50ème anniversaire de sa première diffusion au Royaume-Uni. Nous allons examiner ici le coffret DVD. Son contenu, riche de 6 galettes comprend donc :

  • Les 17 épisodes : Les épisodes sont agrémentés de sous-titres (en anglais only). Chaque épisode bénéficie d’une option d’affichage de commentaires explicatifs fouillés sur la production. La qualité d’image du bluray est exceptionnelle d’après ceux qui l’ont visionné. En DVD, c’est bien aussi. Oui, McGoohan était un vrai roux !

  • Le documentaire de Chris Rodley « In my mind »: également sorti en DVD individuel et présenté ici, nous n’en parlerons donc pas dans ce billet.
  • Un mini-reportage intitulé « Many happy returns » qui présente les divers lieux de tournage du générique à l’époque et maintenant : on découvre qu’une éolienne a poussé sur le circuit de Poddington (sur lequel un homme encore inconnu mais au regard déterminé conduit sa Lotus au tout début du générique). Des grilles sont apparues aussi à l’entrée du parking souterrain d’où émerge le futur Prisonnier après avoir démissionné.
  • Le tournage de Arrival : un film 16mm muet restauré (durée environ 10 mn), fruit du réalisateur amateur Keith Rodgerson (futur lauréat d’un Bafta) qui avait filmé plusieurs moments du tournage en 1966. On est émerveillé de découvrir McGoohan une cigarette toujours à la main arpentant les ruelles du Village, signant des autographes, discutant avec son équipe. On découvre par exemple quelques scènes avec Barbara Yu Ling et sa mini-moke devant le panneau d’information (« Où désirerez-vous allez ? »). Le réalisateur Don Chaffey, revêtu d’un coupe-vent rouge brique, observe les mouvements des figurants, discute avec McGoohan et arbore un drôle de couvre-chef digne d’un général des indes coloniales. Des badauds sont massés devant l’épicerie du Village. Un gentleman aux cheveux blancs prend des photos en tirant sur sa pipe. La porte du cottage du Numéro 6 s’ouvre toute seule … avec l’aide d’un assistant. Les prises de vues sont faites en lumière naturelle, mais un énorme projecteur est utilisé en renfort, notamment quand le Prisonnier est devant à la cabine de téléphone. Un document exceptionnel !
  • The Prisoner Puzzle : la fameuse interview accordée au journaliste canadien Warner Troyer en 1977. D’une durée d’environ 30 minutes, McGoohan est manifestement stressé. On sent qu’il a le couteau sur la gorge : même si les questions sont bienveillantes, il rechigne à donner un sens à son œuvre et le fait contraint et forcé. Ce bonus existe déjà sur le coffret de l’édition ultime sorti en France en 2009 et dans l’édition d’un précédent coffret britannique.
  • Des chutes de tournage (« Trims ») extraites principalement de Arrival, Many happy returns, The chimes of big ben et The girl who was death. On découvre par exemple des scènes avec deux doublures sur un radeau bien fragile, des vues prises dans une fête foraine, puis tout en haut de montagnes russes. La plus étrange est sans doute celle d’un magazine (« Evening News ») brandi face à la caméra avec le gros titre « Russian Walk-out » devant une plaque d’immeuble indiquant « Peninsular and Oriental Steam and Navigation Company ». Était-ce un bout de pellicule de Danger man ? On voit aussi la maquette du phare de The girl who was death exploser et, plus loin, le vrai phare situé dans le sud de de l’Angleterre, à Beachy Head.
  • Une interview radio réalisée en octobre 1990 pour Radio 1 par Simon Bates : McGoohan raconte n’avoir revu qu’un ou deux épisodes une ou deux fois car il ne voulait pas avoir envie de changer et d’améliorer la série indéfiniment. Il ajoute qu’il se souvient de chaque plan de chaque épisode et qu’il serait capable, si on lui montrait une image, d’en raconter le montage de façon détaillée. Selon lui, « le Prisonnier ne s’échappe pas. Nous sommes tous prisonniers et nous nous échappons seulement lorsque nous mourrons. La libération finale en quelque sorte ». Et de conclure malicieusement « Oui, il y a des choses personnelles. Mais toute ressemblance avec des événements s’étant produits seraient purement fortuits ».
  • Un documentaire amateur datant de 1939 (durée environ 10 mn.) restauré à partir d’une bobine 16mm : il s’agit d’images d’amateur tournées avant-guerre. Le spectateur découvre le paysage environnant qui est foisonnant : de nombreux bois, de la lande, des montagnes… On voit également la péninsule et la baie de Cardigan, un coucher de soleil. La pellicule donne un petit charme désuet à l’ensemble.
  • Deux documentaires touristiques datant de 1939 et 1962. Dans le premier (durée environ 5 mn), qui est en noir et blanc, un narrateur « so British » explique comment le village a été construit à partir d’éléments disparates provenant du monde entier. « Des statues lui confèrent un côté exotique » dit-il sur une musique de fond vaguement hispanisante. Le second, intitulé « Italy in Wales » (durée env. 5 mn) date de 1962 et montre le village en couleur sous toutes les coutures. « L’endroit était magnifique, négligé et perdu au milieu des broussailles » explique le narrateur. On entend le bâtisseur du Village, l’architecture Clough Williams-Ellis raconter de son aristocrate voix comment il a transformé ce lieu en une petite Italie car il rêvait de créer son propre Portofino. Un témoignage passionnant.
  • Des photos de repérage au Village (une quarantaine) prises par le producteur Leslie Gilliat en 1966 juste avant le tournage débuté en septembre, après que le même Gilliat ait quitté le navire suite à un désaccord avec McGoohan. On découvre les principaux bâtiments du Village dont la production tirera magnifiquement partie quelques mois plus tard : les colonnades, le grand dôme, les bassins de l’hôtel, les boutiques… On remarque avec amusement les marques d’un terrain de tennis – présent encore un an auparavant – sur la grand ’place (elles auront disparu pour le tournage)
  • Des galeries de photos classées en trois catégories : Prisoners, Numbers et Village. On découvre pour chaque épisode des photos de tournage, des photos de coulisses et des photos posées. Plus de 45 pour Arrival et 40 pour Fallout contre seulement 6 pour Many happy returns et 9 pour Hammer into Anvil, mais près de 170 en tout. S’y ajoutent pêle-mêle une dizaine de photos de McGoohan prises durant la conférence de presse destinée à promouvoir la série alors en plein tournage – on le voit tantôt attifé d’un costume de Kosho, puis de cowboy et en civil, chaussé de grosses lunettes – mais aussi des photos de figurants et d’acteurs. Plus de 300 photos en tout. Beaucoup ont déjà été publiées dans les publications de Six Of One mais énormément restaient inédites.
  • Patrick McGoohan en 1983 : des extraits du documentaire de Chris Rodley provenant de son documentaire sorti originellement sur Channel Four en 1983 « Six into One », dans lequel McGoohan rend hommage à Lew Grade, David Tomblin, Jack Shampan, George Markstein et aux scénaristes du Prisonnier qui avaient « un esprit bien particulier », ajoutant qu’il avait toujours aimé les contes de fées et les légendes et que Le Prisonnier était une allégorie, ce qui lui avait donné le droit de tout dire.

  • Catherine McGoohan en 2017 : sans doute le témoignage le plus poignant du coffret. Elle confie à Chris Rodley que son père n’aimait pas les interviews, mais que ce qu’il n’a pas pu dire lui-même à son sujet, elle va essayer de le faire. Elle entend encore sa voix, revoit ses pas sur scène, notamment dans le rôle de Brand où il était particulièrement habité. Son collègue Peter Sallis (1912-2017) – rendu célèbre Outre-Manche dans la série comique « Last of the summer wine » – a écrit dans son autobiographie qu’il n’avait jamais rien vécu d’aussi fort. Catherine ajoute que son père était mû par une grande force intérieure, qu’il avait une vision, une passion, tout comme le personnage du Numéro 6. Elle ajoute que les idées de son père ne sont pas apparues tout d’un coup dans les années 60, mais qu’elles remontaient à son enfance. Il en parlait souvent avec sa femme Joan. Selon elle, il a fallu la conjonction des rencontres avec Tomblin, Markstein et Grade pour que naisse le constat suivant « Qu’est-ce qui se passe quand un espion veut démissionner mais qu’il ne peut pas ? ». Pour Catherine, la série est comme un arbre avec de multiples ramifications : Elle offre des possibilités multiples sur des sujets tels que la vie privée ou la liberté individuelle. Bref, la série est devenue quelque chose de bien plus subtil que la simple évasion d’un espion. « Le Prisonnier n’est définitivement pas John Drake » s’exclame-t-elle en riant. Et de conclure en disant que la série est 100% personnelle comme en témoignage l’inclusion de sa propre date de naissance de son père dans le 1er épisode. « Mon père se lançait des défis tout le temps, mais jamais il ne ramenait ses personnages à la maison ».

Que retenir au final de ce coffret ? Il s’agit du 6ème ( !) en 17 ans, soit une sortie quasiment tous les trois ans, ce qui est beaucoup. Jugez plutôt : Coffret Carlton en 2000, The Prisoner Ultimate Collection Box Set (2004), The Prisoner – 40th Anniversary Special Edition (2007) puis édition simple chez Network la même année, suivi en 2009 de l’Ultimate DVD box Set +Soundtrack chez Network et enfin du Prisoner 50th Anniversary Edition toujours chez Network en 2017.

Les raretés s’amenuisent. Il ne reste guère que la mythique « L.A. tape » – un semi-documentaire filmé soi-disant par une des filles de McGoohan en réponse au film de Rodley qu’il a détesté – dont se prend à rêver d’une sortie officielle. Ne rêvons donc pas. Qui aurait l’idée de réunir tous les bonus en un seul et même coffret ? Marketing, quand tu nous tiens. Le fan se voit contraint de remettre la main au portefeuille lors de chaque nouvelle sortie, plus ou moins intéressante.

LE truc sympa du coffret Network 2017 est indéniablement la bobine 16mm du tournage de Arrival, de même que les photos de repérage et la galerie de photos inédites (on ne s’est pas amusé à comparer avec toutes les photos des coffrets précédents). On aurait cependant aimé plus de précisions sur le minuscule livret de 2 pages, notamment la durée de chaque bonus.

Mais cela justifie-t-il l’achat du coffret pour une vingtaine d’euros ? L’interface des menus est hideuse : une photo du Village avec du texte en ombre portée digne des années 90. Le bonus « Many happy returns » a bloqué sur mon lecteur DVD de salon au bout de 2 minutes. On conseillera de mettre la main au portefeuille et d’opter pour la totale : la version bluray comprenant en plus l’intégralité des musiques et le beau livre d’Andrew Pixley. C’est vous qui voyez.

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