6+1 questions avec Camille Saféris autour du Prisonnier

Les téléphiles avertis des années 90 se souviennent des interventions rigolotes et décalées de Camille Saféris dans les émissions de Christine Bravo sur France 2 (Chérie j’ai un truc à te dire) ou bien à Nulle Part ailleurs de la grande époque. Il est également l’auteur de pléthore de livres sur des sujets aussi divers que Le Kamasutra, le Dalaï-Lama ou le parler parisien

On sait peut-être moins qu’il est musicien et qu’il a été le batteur de Jane Birkin (au Bataclan en 1987) ou de Soldat Louis. Il a récemment formé un duo au ukulélé avec Ramon Pipin, le fondateur du groupe mythique « Au Bonheur des Dames » baptisé Les Excellents qui parodie les grands tubes pop-rock de façon hilarante. Il est également chroniqueur au mensuel Rolling Stone France pour lequel il réalise des reportages « sérieux » (cf. Auroville) illustrés de ses propres photos.

Camille s’est rendu en avril à la convention du Prisonnier qui s’est déroulée à Portmeirion, le village-hôtel situé au Nord du Pays de Galles dans lequel ont été tournées plusieurs épisodes de la série. « On redécouvre Le Prisonnier génération après génération, grâce à son sujet intemporel et son caractère militant » écrit-il, ajoutant « Combien de séries offrent ainsi à leurs fans un décor naturel à visiter toute l’année ? Dans un article de 6 pages publié dans Rolling Stone France daté de juin, Camille décrit l’ambiance d’une convention, soulignant son côté régressif – des adultes défilant costumés comme dans la série et rejouant des scènes de la série, certains se faisant tatouer le logo sur le bras ! – et partageant les impressions de participants à la PortmeiriCon. 6 pleines pages consacrées à notre série fétiche, un véritable événement ! Il a très gentiment accepté de répondre aux questions du Superviseur.

  1. Quelle sorte de téléphile êtes-vous ? (Vous mentionnez Star Trek dans l’article de Rolling Stone)

Je ne suis pas du tout téléphile. Je n’aime pas trop les séries actuelles, et je ne regarde que des films de cinéma à la télévision, parfois des magazines ou des documentaires. En fait, je suis très mal placé pour comparer Le Prisonnier avec les séries d’aujourd’hui, car je suis resté bloqué sur mes madeleines d’enfance et d’adolescence : Ma Sorcière Bien-Aimée, The Twilight Zone, Le Prisonnier…

  1. Pourquoi un reportage sur une vieille série télé de 50 ans ?

Je suis déjà allé au village trois fois avant la convention de cette année, je suis un passionné de longue date du Prisonnier. J’avais même écrit il y a une vingtaine d’années un article sur la série pour le magazine Actuel, qui n’a jamais paru. Les 50 ans tout ronds de la première diffusion française, et la dimension prophétique de l’œuvre de McGoohan par rapport à notre époque ont fait le reste. Rolling Stone est un magazine consacré à la pop culture et Le Prisonnier en est un marqueur fort, un incontournable.

  1. Vous souvenez-vous de votre premier visionnage du Prisonnier ?

C’est assez flou. Quelques images au hasard, frappantes esthétiquement d’abord. Et puis dans les 90’s un ami m’a fait découvrir la série et proposé d’aller avec lui visiter le village car il en était fan. Après cette première visite j’ai tout décortiqué, vu et revu les épisodes, lu et enquêté… Je me suis passionné pour le sujet, évidemment c’est surtout son aspect philosophique qui m’a fasciné. Ça ne ressemblait pas aux autres séries de l’époque !

  1. Saviez-vous que la série était devenue « culte » aussi en France ?

J’avais évidemment entendu parler du Six of One, et je savais qu’en France également il y avait des clubs d’appréciation. Mais je me suis toujours tenu à distance, il fallait une occasion comme celle-ci pour rentrer enfin dans la danse… Une « danse de mort » ? BCNU…

  1. Vous dressez un parallèle entre les sixties (Orange Mécanique) et l’époque actuelle (dénonciation du transhumanisme dans la série Black Mirror par exemple). Qu’est-ce qui a changé entre les deux époques selon vous ?

J’en parle dans l’article : à mon avis ce qui a changé, c’est que l’action du Prisonnier se situe à une époque d’agents secrets ou les deux blocs Est et Ouest s’affrontaient. Aujourd’hui l’ennemi ce n’est plus un pays adverse ou un bloc, l’espionnage est mondialisé, le pouvoir c’est le BIG Brother des Gafa. La différence principale c’est que nous sommes tous devenus des consommateurs, complices de notre propre surveillance. On nous a donné des smartphones, on a rendu la connivence avec le pouvoir plaisante et même addictive, on accepte donc avec le sourire de se faire violer en permanence notre vie, nos secrets, notre intimité, etc. et nos données sont revendues pour la pub et l’espionnage. Le pire, c’est qu’on y prend tous un vrai plaisir ! La prophétie de McGoohan était vertigineuse, mais en dessous de la vérité de 2018 qui est bien plus horrible encore…

  1. Vous soulignez les influences multiples de la série dans de nombreuses sphères culturelles (musique, cinéma, …). Quelles autres séries peuvent se targuer d’un tel impact ?

Comme je vous le disais, je ne suis pas un spécialiste des séries. En revanche au cinéma, on peut facilement citer Matrix, qui est une œuvre de SF majeure et aux influences incontestables sur tout le cinéma actuel, mais aussi sur la mode, la littérature… Je pense que Black Mirror aussi aura un impact durable. Rendez vous dans 10 ou 15 ans pour voir ça !

  1. Et finalement … qui est le Numéro Un ?

Là, vous voulez des renseignements… mais vous ne saurez rien: je suis un homme libre !

(c) Propos recueillis par Patrick Ducher

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