20ème Rencontre Française du Prisonnier : compte-rendu

Du 16 au 18 novembre 2018 s’est tenue dans le petit village de Saint-Symphorien/Coise (69) la 20ème Rencontre Française du Prisonnier (RFP) organisée à l’initiative de Jean-Michel Philibert, le fondateur du rÔdeur, le fan-club français de cette série britannique des sixties. Il fallait une occasion spéciale, douze ans après le dernier événement organisé par l’association. Ça tombe bien ! Il y a pile 50 ans, Le Prisonnier était diffusé en noir et blanc sur la 2ème chaîne de l’ORTF, entre février et mai 1968. A quelques jours près, le public français a d’ailleurs failli n’en jamais voir la fin si controversée.

Première manifestation à la médiathèque le vendredi 16.11 : un échange croisé entre quatre auteurs ayant produit des écrits autour de la série :

  • Michel Senna pour son livre « McGoohan », une filmographie complète sur l’acteur-fétiche du Prisonnier.
  • Bernard Godeaux pour son ouvrage « Regards cinématographiques sur une série culte ».
  • Patrick Ducher pour son recueil de citations de Patrick McGoohan « Je ne suis pas un numéro ».
  • Jean-Michel Philibert pour son livre « Le Prisonnier – Une mythologie moderne« .

Dominique Citerne, le sympathique animateur du blog « Micro-entretiens », avait potassé minutieusement le sujet et a invité chaque auteur à proposer qui son interprétation sur le parcours initiatique du héros (tel un Ulysse ou une Alice, pour Jean-Michel), qui son explication en direct sur le découpage filmique du générique au fur et à mesure que celui-ci se déroule sur un écran (belle performance de Bernard). Patrick a émaillé les échanges de citations choisies, donnant ainsi un nouveau regard sur Patrick McGoohan – l’homme derrière le masque – tandis que Michel évoqua de nombreux films peu connus de l’acteur américano-irlandais. Dominique a invité un public attentif à questionner les auteurs, à faire part de leurs interrogations pour ceux qui ne connaissaient pas la série (la fin n’a donc pas été dévoilée !) et qui ont découvert un univers bien particulier. Une participante s’est même exclamée que les auteurs étaient « imbibés » d’une passion communicative. La soirée se termina au bout de deux heures d’échanges passionnants par une séance de dédicace autour d’une mini-exposition composée de divers « objets du culte » provenant de la collection personnelle de l’organisateur où affiches, badges, planches de bandes dessinées côtoyaient un mannequin du Numéro 6. Merci à Mireille et Carole pour l’organisation et leur patience. On peut écouter le podcast des échanges sur le blog de Dominique à cette adresse.

En haut à gauche : les quatre auteurs (de g. à d. : P. Ducher, M. Senna, B. Godeaux et J-M Philibert. A droite : le sculpteur Tiziano,venu  de Mougins avec une copie du buste de McGoohan installé à Portmeirion. Au dessous, à gauche l’animateur Dominique Citerne. et le mini-musée. (C) Photos : Pauline Désormière, Patrick Ducher, Christian Quidousse.

Samedi 17.11, la librairie « Les sens des mots » accueillait Jean-Michel pour la dédicace auprès du grand public de son 6ème ouvrage, présenté en avant-première à la médiathèque. Ce pavé de plus de 450 pages assimile le parcours du Prisonnier à un mythe, au cours duquel le héros incarne la résistance de chacun dans un village mondial. Divisé en une trentaine de chapitres, il comporte entre autres une interview de votre serviteur, et une autre de Jane Merrow (Alison dans « Double personnalité), ainsi qu’un texte sur la genèse du buste réalisé par le sculpteur Tiziano.

Patrick inaugura ensuite dans la salle Charles Démia un après-midi qui allait être dense par un échange avec Michel Senna, venu de Paris pour évoquer la carrière cinématographique de McGoohan. Il confia avoir été surpris qu’aucun livre n’existe sur le sujet, même si plusieurs filmographies ont été publiées dans divers ouvrages. Mais sa démarche fut complètement motivée par l’envie et l’admiration du jeu d’acteur. Certes, McGoohan n’a pas tourné que des chefs-d’œuvre, loin s’en faut. L’originalité du livre réside dans le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple synopsis de chaque film. Senna a agrémenté chacun d’un commentaire critique et historique, tant sur les réalisateurs et les autres acteurs que sur le jeu de McGoohan, ce qui fait de son ouvrage la première filmographie critique en français. Michel Senna avait été interviewé par Patrick au printemps dernier. On peut retrouver la synthèse sur le blog ici.

Une vente aux enchères permit ensuite au public d’acquérir quelques objets « collector », avant que ne se déroule « Speedlearn », un quiz de connaissances générales sur la série. Comme dans une coupe du monde, 8 joueurs se sont affrontés en quarts, demies et finale. Les questions étaient tantôt ardues (vous vous souvenez du nom de l’acteur qui joue le Numéro 2 dans L’impossible pardon ? Où habite le professeur Seltzmann ?) mais une finale, ça se mérite ! A ce petit jeu, Franck Breton fut le plus affuté, triomphant du valeureux belge Christian Quidousse sur le score de 5 à 4.

La soirée réserva de belles pépites aux participants, avec la projection sur grand écran de deux épisodes en VOST (The chimes of Big Ben et Many happy returns) grâce à Franck Nis, venus spécialement avec Corinne de Valenciennes pour l’occasion.

En haut de gauche à droite : les concurrents du jeu « Speedlearn », une belle tablée, Patrick Ducher questionnant Michel Senna sous la supervision du rôdeur. Au dessous : quelques éléments d’exposition (planches de la BD Projet Pennyfarthing et diverses archives). (C) Photos : Pauline Désormière, Patrick Ducher.

Pendant la matinée du dimanche 18.11, Jean-Michel interrogea Bernard Godeaux et Patrick Ducher autour de leurs écrits respectifs. Bernard, chargé de mission dans le cadre des bibliothèques de la Haute Ecole de la Province de Liège (Belgique), avait publié au tout début des années quatre-vingt-dix une thèse intitulée « Le Prisonnier, une théorie de l’hybridation du feuilleton TV sérialisé ». C’était une époque où « l’objet télévisuel » était encore un brin méprisé dans les cercles culturels et universitaires, Florence Livolsi et Lydia Malizia faisant office de pionnières. Les temps ont bien changé et il existe désormais de nombreuses émissions qui traitent désormais de séries TV, sans compter les innombrables blogs. Dans un essai riche de près de 100 pages intitulé « Regards cinématographiques sur une série culte », Godeaux propose à travers trois chapitres (Modes de réception télévisuels, Enonciation diégétisée et Enonciation énoncée, Contours idéologiques sériels) de démontrer le caractère novateur du Prisonnier, mais pourtant décrié après la diffusion du dernier épisode.

Quant au scribe du présent compte-rendu, il expliqua avoir eu le souhait de marquer à sa façon le 50ème anniversaire de la diffusion de la série en France en se replongeant dans ses archives suite aux événements qui s’étaient déroulés à Portmeirion à l’automne 2017 et spécifiquement le chaleureux hommage de Catherine McGoohan pour l’initiative de Tiziano. S’il existe assez peu d’interviews de Patrick McGoohan, ses propos sur le métier d’acteur, sur Destination Danger, sur la vie de famille, la religion, la publicité, le cinéma sont intenses, parfois contradictoires et donc passionnants. Plus de deux cent citations ont été collectées et réparties dans l’opus « Je ne suis pas un numéro » sans ordre particulier pour que le lecteur puisse se perdre, à la manière du Numéro 6, dans un dédale d’impressions.

Le clou du week-end fut incontestablement pour le scribe en question un échange avec le sculpteur Tiziano. Ce dernier raconta devant un parterre sous le charme les circonstances dans lesquelles il s’est décidé à créer un buste de Patrick McGoohan. Au début des années 2000, lors d’un voyage en Asie et sur un coup de tête, Tiziano se mit à chercher des informations sur la série, s’étant souvenu par hasard du Numéro 6 de son enfance. Il déniche le livre publié chez Yris (« Le Prisonnier, une énigme télévisuelle ») qui lui servira quelques temps plus tard de référence pour créer l’esquisse de ce qui deviendra le visage du Numéro 6. Il réalise un moule en plâtre qui trône dans son atelier de Mougins. Certains visiteurs de l’atelier ou des étudiants de ses cours de sculpture reconnaissent parfois l’acteur. Ce fut le cas de Jenny Klabin, sculpteur originaire de Londres, qui décida de financer la réalisation d’un buste en bronze. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il ne s’agissait absolument pas d’un travail de commande, mais d’une démarche uniquement guidée par la passion. Tiziano souhaitait faire don de l’œuvre au Village mais se retrouva de son propre aveu dépassé par les événements. La fille aînée de l’acteur, Catherine, a confié qu’elle avait longtemps hésité. Pour au bout du compte déclarer : « Tiziano, j’ai vu le buste. Vous avez saisi l’esprit de l’homme, vous avez saisi ses pensées, sa conscience. (…) Surtout, vous avez su capter mon père. J’ai envoyé la photo à ma mère. (..) Elle m’a renvoyé un e-mail. Je vous l’ai déjà dit mais je vais partager ceci avec tout le monde : elle l’adore. Elle a donné son aval et, croyez-moi, c’est énorme. Merci pour le travail – je sais que le chemin a été long – pour votre passion pour la série, et pour mon père. Le timing est parfait, merci pour ce merveilleux cadeau ». Pour l’anecdote, l’emplacement du buste a changé. Originellement prévu pour être exposé sur la place centrale où il aurait côtoyé deux autres personnages, il s’est retrouvé bien protégé dans une petite alcôve à l’entrée du Village, une localisation parfaite face au Dôme et non loin du cottage du Numéro 6. On peut également lire l’interview que nous a accordé Tiziano sur le blog.

En haut de gauche à droite : JM Philibert interrogeant B. Godeaux et P. Ducher, Tiziano protège son oeuvre du rôdeur malfaisant. Les concurrents du jeu « Prisoner quiz », JM Philibert en dédicace à  la librairie « Le sens des mots », une autre belle tablée et l’assemblée attentive. (C) Photos : Pauline Désormière, Patrick Ducher, Christian Quidousse.

Après toutes ces émotions, le « Prisoner Quiz », basé sur le jeu télévisé d’Alain Chabat le « Burger Quiz », permit un moment de franche déconnade. Le principe : deux candidats (Josie Mely et Pascal Solo) se sont affrontés en répondant à diverses questions loufoques à choix multiples autour de la série. Pascal gagna finalement le droit d’affronter le Superviseur ultime. Il s’en sortit avec brio et réussit l’épreuve du « petit burger de la mort » en mémorisant les réponses à 5 questions sur 10.

Les « RFP » sont l’occasion d’échanges entre vieux amis, de faire connaissance pour les autres, de ripailler dans la bonne humeur, mais aussi de ne pas oublier les absents. Luis Alonso proposa un flashback de 13 ans en l’honneur de Hervé Papin, grand admirateur de la série disparu trop tôt. La 20ème RFP lui était dédiée et de nombreux lots offerts en cadeaux pour les jeux et enchères organisés pendant le week-end provenaient de sa collection personnelle, selon le souhait de sa compagne, Josie. Hervé aimait beaucoup Gainsbourg et Pierre Perret. Le revoir en train de chanter « Bercy Madeleine » émut toute l’assistance. Salut chez toi, l’ami.

Le week-end se termine avec force embrassades. Un voyage au Village est à l’étude. Des amitiés se sont nouées ou raffermies. Du rire, de l’émotion, de la culture, des échanges intéressants et instructifs. Combien de séries télévisées peuvent susciter autant de passion 50 ans plus tard ? Bonjour chez vous !

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